Le classement UCI actuel est-il le bon ?

Sylvain Chavanel

Pour la première fois depuis le 5 juin 2000, un Français trône sur le fauteuil de Roi du cyclisme mondial. Le dernier coureur tricolore à avoir dominé le classement UCI est… Laurent Jalabert. Actuellement cloué dans son lit dans une clinique de Montauban après un malheureux et triste accident de la route, le sélectionneur de l’équipe de France a un nouveau successeur. De quoi lui remonter un peu le moral, quelque peu en berne depuis maintenant une semaine.

Devancé au sprint par Gerald Ciolek (MTN-Qhubeka), Peter Sagan (Cannondale) ainsi que Fabian Cancellara (RadioShack-Leopard), privé d’un nouveau podium lors d’une classique (après sa deuxième place dans le Tour des Flandres en 2011), Sylvain Chavanel s’est consolé après un éprouvant et glacial Milan-San Remo en s’emparant du leadership planétaire.

Nous, Français et fans de cyclisme, sommes très heureux de cette belle performance. Aujourd’hui, elle parait presque incroyable, inimaginable. Nous nous réjouissons mais il faut savoir aussi se remettre en question.

Par rapport à il y a treize ans, le classement mondial actuel est-il fiable ? Est-il crédible ? A-t-il encore du sens ? N’est-il pas assez étoffé, complet ? Nous nous interrogeons depuis un petit moment déjà. Avant même que notre champion de France du chrono ne soit numéro un mondial !

Depuis 2005, date du lancement des circuits Pro Tour et continentaux, et la suppression du système mis en place en 1984 (jusqu’à la fin de la saison 2004), le classement mondial est nettement moins complet que l’ancien car avant toutes les courses étaient prises en compte (HC, 1.1, 1.2, 2.1, 2.2). Aujourd’hui, seules trente épreuves comptent. Mais ce sont les plus belles (figurent au calendrier World Tour : les trois Grands Tours, des Monuments du cyclisme -classiques comme courses à étapes- et d’anciennes manches de Coupe du Monde), voire même les plus dures (on peut légitimement douter de la place du Tour de Pékin à celle du Tour de Californie ou à celle du Tour de Pologne ou du Bénélux au Tour du Trentin ou du Colorado par exemple).

En ce jeudi 21 mars 2013 (et ce depuis lundi dernier), Chavanel apparait donc, après quatre épreuves (Tour Down Under, Paris-Nice, Tirreno-Adriatico et Milan-San Remo), à la première place dans le tableau Excel de l’Union Cycliste Internationale. Vainqueur d’une étape à Cannes, cinquième du général de la Course au Soleil, sans oublier sa deuxième place lors du prologue, et quatrième de la Primavera, le coureur d’Omega Pharma-Quick Step totalise cent-vingt points soit sept de plus que son dauphin Richie Porte, lauréat de Paris-Nice (avec 2 victoires d’étapes).

Pour comparer avec le très sérieux site cqranking.com, dont leur classement est très souvent repris en exemple, Chavanel n’est pas le numéro un mondial si on comptabilise les résultats obtenus sur toutes les courses. C’est son équipier Mark Cavendish (étapes au Tour du Qatar et de San Luis) qui figure en tête devant Chris Froome (vainqueur du Tour d’Oman), Peter Sagan (vainqueur d’étapes à Oman, du GP Camaiore et deuxième des Strade Bianche), Alberto Contador (deuxième à Oman, quatrième du Tour de San Luis), Richie Porte et Vincenzo Nibali (septième à Oman, dixième à San Luis) (1). « Mimosa », ou plutôt « Machine » aujourd’hui, n’a fait que septième du Net Nieuwsblad outre ses résultats décrochés dans les épreuves World Tour.

Autre aberration du classement UCI WT. Pour être classé dans le classement mondial, il faut appartenir à une équipe de première division… Les coureurs membres d’une formation évoluant dans une division inférieure peuvent donc aller voir ailleurs. Le meilleur exemple en date… Gerald Ciolek. Eh oui, le vainqueur du premier Monument de l’année n’a marqué aucun point à l’issue de la course Italienne. C’est tout à fait normal. L’Allemand pouvait être légitimement cinquième mondial mais il n’apparait pas dans le classement.

Rien que pour ça, ce classement n’est pas crédible. Pour la petite histoire, à l’époque, dans Vélo Magazine, dans les dernières pages, celles des résultats, on pouvait consulter le classement UCI. Un point était même fait sur les montées et descentes dans ce dernier. En 2012, rien. Même pas le top cinq chaque mois. Encore moins le classement final dans le numéro de novembre. Est-ce la preuve que ce classement est inintéressant, sans intérêt ?

Sylvain Chavanel Tour 2012

En tout cas sur L’Equipe 21 (2), dans Sport6 ainsi que dans Stade 2, les journalistes Benoit Cosset, Stéphane Tortora et Bernard Montel ont tous parlé de la quatrième place de Chavanel à San Remo, mais pas de la première place au classement mondial. Un numéro un mondial Français, ça n’arrive pas tous les jours. Alors pourquoi ne pas souligner cette prouesse ? Parce que l’UCI World Tour n’est pas assez représentatif de l’ensemble du cyclisme mondial ? Peut être.

Finalement, on a écrit un article qui ne servira à rien puisque le classement World Tour perdurera ainsi que les autres classements continentaux. D’ailleurs, pourquoi les leaders de l’Asia Tour, de l’Europa Tour, de l’America Tour et de l’Oceania Tour portent-ils des maillots blancs de leader ? Pourquoi le leader du World Tour n’en porte pas ? Pourquoi avoir supprimé la mythique Coupe du Monde et son maillot irisé (verticalement, à contrario du maillot de champion du Monde, avec ses cinq bandes horizontales) pour ça ?

En attendant, on verra si Sylvain Chavanel parviendra à conserver sa première place mondiale demain, à l’occasion du Grand Prix E3, qui précède, désormais dans le World Tour, le triptyque Flandrien : Gand-Wevelgem, Tour des Flandres et Paris-Roubaix.

(1) Nous n’avons comptabilisé pour tous que les principaux résultats (tops dix) hors World Tour
(2) Cette information a été tout de même révélée dans la newsbar. Mais dans la newsbar, pas à l’oral en direct.

PS : pourquoi attribuer le même nombre de points (cent) au vainqueur de Paris-Nice qu’au lauréat du Tour de Pékin ?

Crédits photos : Amélie Croguennec

* Découvrez notre projet : la Cyclo Baiona, une nouvelle course cyclotouriste
* Nos classements/ Spécial coureurs Français : le CTC, Cyclisme Tricolore Challenge & la CDM CS, Coupe du Monde cycliste
* Rejoignez notre page Facebook spéciale cyclisme : MercatoVélo

About Nicolas Gréno

Créateur & rédac’ @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l’UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

There is one comment

Répondre à Coupe du Monde cycliste par Culture Sport – #2 GP E3 & #3 Gand-Wevelgem | Culture Sport Annuler la réponse.