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Arthur Millot aka Bur-Artist : « Le sport est une culture à part entière dans notre société »

Son nom est Bur, Bur-Artist. « Famille, amis, tout le monde m’appelle comme ça depuis que je suis gamin, précise-t-il. C’est tout naturellement que j’ai adopté ce surnom comme nom d’artiste. » Pour Arthur Millot, son vrai patronyme, pas question de se contenter pas d’une simple toile. Passé par la Fédérale 1, cet ancien rugbyman revisite un large panel de supports : casques, baby-foots, chaussures, lions et Donkey Kong en 3D. Son style, « coloré, aux multiples détails et techniques » est également « figuratif avec des contours. Mais cela reste une accumulation de dessins et symboles sur des formats plutôt grands », ajoute-t-il.

À l’image du tableau offert à Ladji Doucouré, lors de la soirée des champions 2019, l’artiste lyonnais a donc réussi à mêler ses deux principales passions : sport et peinture. Son travail et ses différentes oeuvres réalisées lui permettent de rencontrer, çà et là, quelques personnalités. De partager leur loge, aussi, comme avec Oxmo Puccino. « C’est un super souvenir. Ces champions et hommes étaient très accessibles, humbles et bienveillants. »


cultureSPORT : Tu as notamment joué en Fédérale 1 avec Villeurbanne, lors de la saison 2008-2009. Pourquoi as-tu arrêté ?
Arthur Millot aka Bur-Artist :
J’ai commencé à l’ASVEL en 1991, à l’âge de 6 ans. Avec ce club, j’ai beaucoup joué en F2 mais aussi disputé deux saisons en F1. J’ai donc pu connaître la joie d’une montée et la tristesse d’une descente. Mais après deux saisons blanches et deux opérations des ligaments croisés en 2014 et du ligament scapho-lunaire en 2015, j’avais failli tout arrêter. En plus, mon activité artistique prenait de plus en plus de place… À 30 ans, je me faisais à l’idée de raccrocher les crampons. J’ai quitté l’ASVEL en 2016, lors de la deuxième accession en F1. Mais un coup de fil du président de Rillieux-la-Pape (NDLR : à l’époque en F3) et le fait que des amis rejoignent également ce club de la banlieue lyonnaise m’ont fait continuer. Deux ans après, on remportait le match d’accession en F2. J’ai arrêté pour de bon sur cette dernière rencontre. J’avais envie de garder cette bonne note en souvenir et ne pas faire l’année de trop. Et puis l’activité commençait vraiment à prendre le dessus !

cultureSPORT : Lorsque tu peins des tableaux « classiques », trouves-tu systématiquement le moyen de caler une petite référence sportive, comme tu as pu le faire avec Olive et Tom sur une de tes oeuvres ?
Arthur Millot aka Bur-Artist : Généralement, j’aime puiser dans les attraits et l’ADN des univers dans lesquels je me plonge… Le sport est une culture à part entière dans notre société, notre pays et nos villes. Je suis issu d’un parcours sport-étude (NDLR : de la cinquième jusqu’aux études supérieures en STAPS). Je n’invente donc pas une autre personne… Comme je suis autodidacte, je n’ai pas une culture de l’art très aiguisée. En revanche, je suis bien plus fort en histoire du sport… C’est donc tout naturellement que je glisse assez souvent des clins d’oeil sportifs. Plus qu’une activité physique, c’est une éducation.

Tony Parker et Zizou ? Je les ferai un jour, c’est sûr !

Arthur Millot aka Bur-Artist

cultureSPORT : D’où t’est venue cette idée de lancer une exposition sur les légendes sportives (Pelé, Maradona, Senna, Jordan, Lomu) ?
Arthur Millot aka Bur-Artist : Cela faisait un moment que ce projet trottait dans nos têtes (NDLR : lui et son frère). Antoine tient une salle de sport (Physiconcept) pleine de charme dans le centre-ville lyonnais. Avant lui, c’est notre père qui l’a tenue pendant près de quarante ans. C’est un lieu où j’ai presque appris à marcher (sourire). C’était donc l’endroit idéal pour y tenir une expo, sur le thème des légendes sportives, rendue possible grâce à des partenaires de choix. Le succès a été incroyable ! J’étais content de mes productions et très heureux d’avoir pu fédérer, sur ces deux jours, de nombreux clients, des amis et des connaissances.

cultureSPORT : Quelle pourrait être la prochaine légende que tu pourrais croquer ? Zidane, par exemple ?
Arthur Millot aka Bur-Artist : Je pourrais bien évidemment continuer à en représenter car j’en ai oublié pas mal… À mon avis, côté français, nos deux plus grandes légendes sont Tony Parker et Zizou. Je les ferai un jour, c’est sûr !

cultureSPORT : Quels sont tes prochains projets ?
Arthur Millot aka Bur-Artist : J’ai des commandes en cours (entreprises et particuliers confondus) donc c’est plutôt cool ! Ensuite, le projet à moyen terme qui me tient à coeur va être de me construire un petit réseau au Pays basque, où je viens d’arriver avec ma copine. Nous étions déjà très familiers avec la région. Comme moi, elle démarre une activité à son compte sur Biarritz (NDLR : boutique de prêt-à-porter féminin). Je me donne quelques semaines, voire quelques mois, pour me trouver un petit atelier, avec showroom, afin de présenter mon travail aux Basques. J’ai un bon relationnel et mon art coloré, aux symboles reconnus, devrait être apprécié ici. En tout cas, je l’espère…

J’ai proposé à Eric Irastorza de lui customiser une de ses chisteras.

Arthur Millot aka Bur-Artist

cultureSPORT : En 2016, tu as peint sur des chaussures. Quand est-ce que tu te lances dans les tennis et crampons des sportifs professionnels ?
Arthur Millot aka Bur-Artist : Je le pourrais, bien sûr ! Il y a quelques années, j’ai réalisé une belle custom pour mon pote Jérémy Aicardi (NDLR : ex-joueur France Sevens). Cela avait beaucoup plu ! Il ne les mettait pas pour jouer par peur de les abîmer (rires). Je reste toutefois ouvert à tout projet de ce type pour les athlètes : c’est ludique et fun ! J’ai un peu discuté et sympathisé avec Eric Irastorza. Je lui ai proposé de lui customiser une de ses chisteras. Cela ferait une belle oeuvre, un bel objet de décoration… Je pense que ça pourrait être canon. Mais je reste spécialiste des toiles, murs ou statues en résine. Ce sont mes trois supports de prédilection.

cultureSPORT : En plus de peindre sur des reproductions de Donkey Kong ou des baby-foots, tu peins également sur des ballons ovales. Tu en as d’ailleurs offert un à Vincent Moscato…
Arthur Millot aka Bur-Artist : Oui, je peins sur pas mal de supports différents : j’adore ça ! Cela me permet de rompre la monotonie ! Changer régulièrement est un vrai moteur, un moyen de me dépasser et de découvrir encore et encore ! Le ballon à l’attention de Vincent Moscato était une initiative d’un hôtel lyonnais, avec qui j’ai eu quelques beaux projets artistiques. Moscato était ici pour une prestation. J’en ai profité pour le rencontrer et lui offrir cette pièce. Ravi, il m’a invité à son one-man à Lyon. On a ensuite discuté en loges à la fin du spectacle. Il a été fidèle à lui-même : un mec pas prise de tête et hyper sympa !

cultureSPORT : Natif de Lyon, tu sembles très fier de ta ville. Tu y fais souvent référence dans tes œuvres (Gerland, Juninho, ASVEL basket & rugby)
Arthur Millot aka Bur-Artist :
Oui, je crois que nous, les Lyonnais, sommes un peu chauvins… Comme les Basques (sourire). On aime notre ville et en termes de sport nous sommes servis ! Nous avons véritablement tout ce qu’il faut…

cultureSPORT : Tu as réalisé, en collaboration avec l’équipementier Macron, les motifs du maillot du LOU, à l’occasion de la première édition du Supersevens. Est-ce une concrétisation ?
Arthur Millot aka Bur-Artist : Avec le LOU, nous avons une belle relation. C’est un club en plein développement, avec de belles idées. Je connais de nombreux acteurs du club : joueurs, staff, salariés… Du coup, lorsqu’un projet artistique est sur la table, ils font appel à mes services… Les sujets et supports sont variés, c’est chouette ! En plus, ce partenariat me permet de rencontrer de nombreux sponsors. Cela me sert dans la construction de mon réseau et de ma carrière. Le fait d’avoir eu la collaboration avec Macron m’a fait véritablement plaisir car l’événement était officiel et diffusé sur Canal+. Les commentateurs Marie-Alice Yahé et Gaspard Augendre en sont même allés de leur dédicace à propos de mon travail.

cultureSPORT : Tu as également réalisé la statue du lion (1m85) pour la Foire de… Lyon. Ça a été physique ?
Arthur Millot aka Bur-Artist : J’en suis à mon quatrième lion de cette taille. Le cinquième est pour bientôt ! J’adore travailler cette statue. Elle est parfaite et à l’échelle d’un vrai lion. Mais ce n’est pas si physique… Il faut parfois se contorsionner pour peindre ses pattes ou son ventre mais ce n’est pas un calvaire, loin de là… Au contraire, c’est sympa les supports 3D !

cultureSPORT : Tu voyages donc entre Lyon et Biarritz. S’il devait y avoir un LOU-BO, qui soutiendrais-tu ?
Arthur Millot aka Bur-Artist : Je fais pas mal la navette, c’est vrai ! Je pense que ça va être le cas pendant un an… Je me dois de garder le contact avec mes clients et amis lyonnais puis développer mes futures connexions au Pays basque. Pour un LOU-BO, je dirais le LOU car j’ai une belle relation amicale avec eux… J’ai beaucoup aimé le BO à sa grande époque avec Dimitri Yachvili, Imanol Harinordoquy, Damien Traille… C’était le feu, ces années-là. Mais je dois avouer que depuis tout jeune, j’ai un petit faible pour l’Aviron Bayonnais… Alors à la question LOU-AB, dur dur de répondre (sourire).

Malgré le confinement, ma créativité reste éveillée.

Arthur Millot aka Bur-Artist

cultureSPORT : Ce confinement est-il propice à la création ? Arrives-tu à être inspiré, stimulé ?
Arthur Millot aka Bur-Artist : Je le vis bien, rien a changé à mon rythme de travail : je peins la journée. J’ai aménagé une chambre de notre appartement en atelier. J’ai ainsi bâché les murs extérieurs et garde la fenêtre ouverte lorsque je bombe. Malgré le confinement, ma créativité reste éveillée. J’ai même quelques nouveaux projets que je garde secret. La seule chose qui me manque, c’est de m’évader à l’heure de l’apéritif pour rejoindre des gens, faire des rencontres, discuter, apprendre de nouvelles choses… Nos journées passent et se ressemblent. C’est lourd à force… Cela commence quelque peu à me gonfler pour être honnête.

cultureSPORT : Avec The Hope Gallery, tu as mis en place une opération spéciale afin de soutenir la fondation Hospices Civils de Lyon. Peux-tu nous en dire plus ?
Arthur Millot aka Bur-Artist : The Hope Gallery est à l’initiative de ce beau projet solidaire en faveur de nos soignants, véritables héros du quotidien, qui se battent pour nous. Lorsqu’un organisme, un collectif ou une galerie fait appel à des artistes pour ce genre de cause, nous sommes forcément touchés et obligés de répondre présents. Par notre savoir-faire et nos talents artistiques, nous pouvons apporter une pierre à l’édifice d’un projet uni et solidaire. Nous en sommes les premiers messagers et ambassadeurs.

Confinement express

Quelles sont ses recommandations pour mieux vivre le confinement ?

  • Un livre à feuilleter ? Je ne lis pas du tout ! Je peux tout de même vous conseiller un livre à lire ou à feuilleter parce qu’il est beau… C’est Covert to overt sur le travail fou de Shepard Fairey (Obey), un des plus grands street-artistes actuels.
  • Une série à poncer ? J’ai du mal avec les séries trop longues, je ne les finis jamais… Je vous conseille donc la mini-série documentaire sur Netflix Au Royaume des Fauves ! Découvrir qu’il y a des fous pareils dans notre monde, c’est hallucinant, drôle aussi !
  • Un film à regarder ? Parasite de Bong Joon Ho ! Grosse claque !
  • Une musique à écouter ? Je suis très variété française et là j’écoute en boucle L’Opportuniste de Jacques Dutronc ;)
  • Quelque chose à faire dans un moment d’ennui ? Un peu de sport ! Cela fait du bien au corps et surtout à la tête ! Il faut évacuer en cette période d’enfermement…

Propos recueillis par Nicolas Gréno (@nicolasgreno). Crédit photo de la une : illustrations personnelles d’Arthur Millot (@bur_artist).

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