Un Giro crescendo

Un organisateur de Grand Tour est comme un Président de la République, dès son arrivée il souhaite rompre avec les habitudes de son prédécesseur. Ainsi l’arrivée de Michele Acquarone en lieu et place d’Angelo Zomegnan n’est pas sans conséquence. Le nouveau directeur de course a « humanisé » le Tour d’Italie pour cette 95ème édition, un peu plus d’étapes de plaine, un peu moins d’arrivées au sommet. Le Giro nouveau débarque.

Du classique pour commencer (du 5 au 10 mai)
Le début de ce Giro ne sera pas des plus difficiles, sur le papier du moins. Cette année ce n’est pas un contre-la-montre par équipes qui lancera les hostilités mais un prologue à Herning (Danemark). Ce prologue sinueux devrait favoriser les spécialistes : Théo Bos (Rabobank), Taylor Phinney (BMC Racing Team), Geraint Thomas (Team Sky) ou encore Thomas De Gendt (Vacansoleil-DCM) sont les favoris pour décrocher le premier maillot rose.

Vont ensuite suivre deux étapes de plaine toujours sur les terres Danoises, il n’y aura vraisemblablement aucun problème pour les équipes de sprinteurs afin de contrôler les fuyards. Nous risquons donc de voir les hommes de Mark Cavendish (Team Sky) en tête de peloton afin de favoriser leur leader, toutefois « the man of Man » devra faire face à une forte concurrence. Les sprinteurs Italiens ne seront pas là pour faire de la figuration sur leur tour national. Sacha Modolo (Colnago-CSF Inox) a montré sur le récent Tour de Turquie qu’il était en bonne forme. Andrea Guardini (Farnese Vini-Sella Italia), Roberto Ferrari (Androni Giocattoli-Venezuela), vainqueur de deux manches de la coupe de France, Francesco Chicchi (Omega Pharma-Quick Step), déjà victorieux à cinq reprise cette saison, et Daniele Bennati (RadioShack-Nissan) auront également à cœur de faire briller leurs couleurs. A cette délégation Italienne s’ajoutent bon nombre de sprinteurs aux qualités indéniable : Tyler Farrar (Garmin-Barracuda), Matthew Goss (Orica-GreenEdge), quatre fois deuxième sur le récent tour de Turquie, Juan José Haedo (Team Sky), les deux Rabo Théo Bos et Mark Renshaw seront également des emballages. N’oublions pas non plus nos français Romain Feillu (Vacansoleil-DCM) et surtout le jeune Arnaud Démare (FDJ) qui espérons, confirmera son excellent début de saison.

La première journée de repos aura lieu après ces trois jours Danois, elle est anticipée en raison du transfert vers l’Italie. Après ce repos une étape importante aura lieu pour ceux qui espèrent remporter ce Tour d’Italie. En effet le contre-la-montre par équipes ne désignera pas le vainqueur du classement final, mais peut faire perdre beaucoup de temps à des leaders mal entourés. Ainsi la formation Androni dispose de plusieurs purs grimpeurs et devra donc limiter la casse sur les formations Liquigas (Basso), Lampre (Scarponi, Cunego) ou encore Astana (Kreuziger) pour espérer un podium à Milan. Trois équipes semblent favorites pour ce chrono d’un peu plus de trente kilomètres : la BMC (Hushovd, Ballan, Phinney, Pinotti), le Team Sky (Eisel, Flecha, Stannard, Thomas) mais la formation la mieux armée semble être Orica-Green Edge (Bobridge, Impey, Lancaster, Meier, Tuft, Vaitkus). Le lendemain pour clôturer cette première partie se tiendra une nouvelle étape de plaine. Cette première étape en ligne sur le sol Italien devrait une nouvelle fois être contrôlée par les formations de sprinteurs (Sky, Rabobank, FDJ, etc) afin de favoriser ce qui pourrait être le troisième sprint massif de la semaine.

Conclusion : Une première partie du Giro où les rouleurs et les sprinteurs vont se mettre en évidence. Une seule mission pour les leaders : Ne pas perdre trop de temps. En effet les exercices chronométrés et les risques de bordures au Danemark pourraient piéger bon nombre de favoris à la victoire finale.

Un parcours pour baroudeur en deuxième semaine (du 11 au 18 mai)
A partir de la sixième étape (vendredi 11 mai) les baroudeurs vont pouvoir se mettre en évidence. Durant cette seconde partie de Giro les étapes de moyenne montagne vont s’enchainer. Cinq étapes de moyenne montagne vont avoir lieu en huit jours, les favoris ne devraient pas trop se découvrir, ce qui pourrait permettre aux seconds couteaux de tirer leurs épingles du jeu. Cataldo, Carrara, Pinotti, Ballan, Pozzato, Moreno, Schleck, Casar voilà déjà une première liste de coureurs ayant le profil pour s’illustrer sur ces étapes. Toutefois on n’est pas à l’abri d’assauts de leaders notamment lors des étapes 7 et 8. En effet l’étape 7 se termine en haut du Rocca di Cambio, et le sommet du Colle Molella se situe à moins de cinq kilomètres de l’arrivée de l’étape 8. Ces cinq étapes de moyenne montagne seront entrecoupées de trois étapes de plaines, les sprinteurs ne laisseront certainement pas passés ces chances.

Conclusion : La deuxième semaine devrait favoriser les baroudeurs et les puncheurs. Les leaders ayant perdu du temps en première semaine pourront se trouver à l’attaque. Les sprinteurs seront également à pied d’œuvre dans cette partie du Giro. Le classement général du Tour d’Italie ne sera certainement toujours pas décanté à l’issu de cette deuxième semaine.

Une troisième semaine dantesque (du 19 au 26 mai)
Après deux semaines piégeuses, le Tour d’Italie va se jouer en troisième et dernière semaine, en effet un parcours dantesque attend les coureurs. Les favoris à la victoire finale, Scarponi, Cunego, Gadret, Rujano, Kreuziger, Rodrigez, Basso, devraient ne plus quitter les avants-postes. Pas moins de cinq étapes de haute montagne sont au programme de cette ultime partie du Giro.

Deux étapes de haute montagne précèderont la seconde étape de repos. L’étape 14 se termine par l’enchainement Col de Joux et l’arrivée au sommet à Cervinia (2000 mètres d’altitude), on découvrira lors de cette étape les prétendants à la victoire finale. Le lendemain une nouvelle arrivée au sommet aura lieu à Lecco–Pian Dei Resinelli. L’étape du repos sera donc très attendue après douze étapes de suite et deux arrivées aux sommets. Après la journée de repos tant méritée, se tiendra une étape de moyenne montagne où les favoris devraient se neutraliser et se préserver pour l’étape du lendemain. Les baroudeurs devraient donc en profiter lors de cette seizième étape. La dix-septième s’annonce très dure, avec l’enchainement de quatre cols le Passo Valparola, le Passo Duran, le Forcella Staulanza et le difficile Passo Giau. L’arrivée de cette nouvelle étape décisive aura lieu en bas de la descente du Passo Giau. L’étape 18 sera l’ultime étape favorable aux sprinteurs, ce sera leur dernière occasion. Il faut toutefois que les sprinteurs aient survécus aux étapes précédentes.

Le meilleur pour finir, les deux dernières étapes en ligne du Giro 2012 sont certainement les plus difficiles. L’étape 19 avec le terrible enchainement Passo Manghen, Passo Pampeago, Passo Lavazè puis une arrivée au sommet à Val Di Fiemme. La veille de l’arrivée (étape 20) se tiendra une étape mythique avec le redoutable Mortirolo, et comme si cela ne suffisait pas l’arrivée aura lieu au sommet du terrible Stelvio. Ce formidable juge de paix sera le toit de ce Giro, il culmine en effet à plus de 2700 mètres d’altitude. Si cette folle semaine n’était pas suffisante pour départager les leaders, le contre-la-montre d’un peu plus de trente kilomètres autour de Milan s’en chargera et clôturera ce quatre-vingt-quinzième Tour d’Italie

Conclusion : Les difficultés dans ce Tour d’Italie arrivent progressivement, les leaders devront donc avoir une forme ascendante, et atteindre leurs pics de forme dans la troisième semaine. Attention toutefois aux pièges et bordures au Danemark pour viser le podium. Une bonne performance au général sera également conditionnée par de bons contre-la-montre puisqu’il y a environ soixante-dix kilomètres d’efforts chronométrés.

Crédit photos : RCS Sport, Sirotti

Laisser un commentaire