Fiction : Lorsque Jens Voigt roulait avec son fils chez les pros

Ce jeudi, Jens Voigt affrontera un chronomètre. Pendant soixante minutes, l’Allemand va courir contre la montre. Sur une piste en Suisse, il tentera d’améliorer, à quarante-trois ans et un jour, l’actuel record du monde qui est de quarante-neuf kilomètres et sept cents mètres avalés en une heure. Avant cette tentative plus qu’attendue (elle sera diffusée en direct sur Eurosport), nous avons imaginé une petite fiction autour de Jens et de sa petite famille.

Paris – Le lundi 28 juillet 2025

Après avoir brillamment battu le record du monde de l’heure d’Ondrej Sosenka (49,717 km contre les 49,700 km du Tchèque, en 2005), la pression conjuguée des sponsors (Trek, Bontrager, Shimano, Oakley) et des supporters ont eu raison de lui. Jens Voigt a décidé de rempiler son contrat pour un an supplémentaire. Il ne voulait pas arrêter sa carrière sur route sans une victoire à la clé. Passé tout près d’un succès d’étape lors du Tour du Colorado 2014, l’Allemand ne souhaitait pas rester sur cet « échec ».

Et il a eu raison. Aligné une fois de plus au départ du Tour de France, dont il espérait secrètement battre le record (encore un !) du nombre de participations (dix-huit, dépassant ainsi George Hincapie et Stuart O’Grady), Jens y a glané son petit bouquet. Le troisième de sa carrière sur le Tour (après Sarran 2001 et Montélimar 2006). Le 17 juillet, à Rodez, le capitaine de route de la formation Trek Factory Racing devançait au sprint ses trois compagnons d’échappée, Pierrick Fédrigo (Bretagne-Séché Environnement), José Serpa (Lampre-Merida) et Adam Hansen (Lotto-Soudal). Les fleurs récompensant le vainqueur du jour ont bien évidement été offertes à Madame Voigt, qui suivait son chéri à l’occasion de son ultime Grande Boucle. Eh oui, c’est qu’elle ne l’a pas beaucoup vu son champion de mari pendant près de dix-huit ans.

Culture Sport Jens Voigt record du monde de l'heure

Les enfants ont eux aussi été sevrés de leur papa. Le plus âgé d’entre eux, Marc, s’était drôlement rapproché de lui pendant sa fin de carrière. En observant de près père Jens, en le suivant course après course en Europe, l’idée et surtout l’envie de muter d’étudiant modèle en un coureur cycliste professionnel a fait rapidement son chemin. Fin 2015, lorsque Marc (vingt ans) a demandé à Jens s’il pouvait se lancer dans une carrière d’athlète de haut niveau, le paternel, les yeux humides, a répondu favorablement. Encore dans une bonne forme physique et mentale, le quadruple vainqueur du Critérium International a décidé, encore une fois, de prolonger son quotidien de sportif, fait de sacrifices et de souffrances, afin de courir aux côtés de son fils aîné dans le seul but de lui faire découvrir les rouages du cyclisme élite. En 2016, les deux Voigt ont donc signé au sein de la formation Bora-Argon 18, devenue, en l’espace de deux saisons, l’attraction majeure du cyclisme Allemand. La nouvelle « T-Mobile », comme les spécialistes aimaient la surnommer – où l’on retrouvait notamment les sprinteurs Marcel Kittel et John Degenkolb, les rouleurs Patrick Gretsch et Marcel Sieberg, les grimpeurs Dominik Nerz et Linus Gerdemann, le puncheur Paul Martens et le capitaine de route Christian Knees -, était un savant mélange entre coureurs de classe mondiale et expérimentés mais aussi de jeunes loups qui découvraient le vélo chez les pros. Un peu comme Marc Voigt.

Né à une heure de route d’Hambourg, dans la localité de Grevesmühlen, Jens, en tant que parrain, a été d’un grand soutien dans la candidature de la deuxième plus grande ville Allemande pour tenter décrocher l’organisation des Jeux Olympiques 2024. Un an après son intégration au sein de l’équipe Bora, vingt après après ses débuts professionnels, « The Jensie » apprend courant juillet 2017 qu’Hambourg a été désignée pour accueillir les JO dans sept ans (du 9 au 25 août 2024). C’est à ce moment-là que Voigt prend la décision de ne raccrocher son vélo que le 10 août 2024, à l’issue de la course en ligne, devant toute la belle famille, à presque cinquante-trois ans.

Culture Sport Jens Voigt

Quelques moins après en avoir terminé avec le cyclisme, Jens nous apprend qu’il avait un troisième record (après le record du monde de l’heure et celui du nombre de participations au Tour) en vue. «Oui, je l’avoue, le record de la « vieillesse » me motivait aussi. Il me faisait avancer. Certes, vu mon âge avancé, je ne courrais plus les courses prestigieuses du calendrier, certes je me contentais seulement des Tours de Californie et du Colorado ou de semi-classiques Belges. Au delà d’aider mon fils Marc à percer dans le milieu, je ne voulais qu’une chose : essayer d’égaler Jeannie Longo. Je souhaitais être le Longo au masculin. Cette envie était plus forte que tout. Ok, j’avais mal aux jambes, mais vous me connaissez, je leur disais « shut up » et ça repartait.»

Il terminera sa carrière comme prévu, l’an passé, un 10 août à Hambourg, avec une avant-dernière place dans l’épreuve en ligne et une ultime échappée. Jens sera finalement battu par Longo dans sa quête du record de la « vieillesse' ». La championne Olympique 1996 avait stoppé sa carrière fin 2014, à cinquante-cinq ans, soit deux de plus que le sympathique Allemand. Pour se consoler, papa Voigt a suivi, en ce début de saison 2025, le passage chez les pros de son deuxième fils, Julian, quatre ans de moins que son frère Marc. Tous deux pensionnaires de l’équipe Siemens-Liebherr, ils viennent de terminer ensemble, à vingt-neuf et vingt-cinq ans, leur premier Tour de France commun. Une consécration pour la Voigt’s family.

Crédit photos : Twitter officiel de Jens Voigt, Maxime Schmid

About Nicolas Gréno

Créateur & rédac' @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l'UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

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