The Mud Day, Frappa’dingue : les courses à obstacles se font un nom

ÉVÉNEMENTS. Depuis 2012 et la création du premier parcours à obstacles à Sedan (Ardennes), ces attractions connaissent un essor phénoménal dans l’Hexagone.

capture-decran-2016-09-24-a-20-41-23

Un concept né il y a une trentaine d’années

Les courses à obstacles sont nées de l’imagination de Billy Wilson en 1987. Reprenant les traditionnels parcours du combattant, il décide de les adapter au grand public, avec la « Tough Guy Competition », lancée en février, puis la « Nettle Warrior », en juillet. Le but de cette compétition était de collecter des fonds pour un centre équestre. Ces deux courses de légende ont perduré et sont encore reconnues comme les courses à obstacles les plus difficiles de toutes.

Depuis 2010, des parcours d’une dizaine à plus de vingt kilomètres ont vu le jour aux Etats-Unis puis en Europe. Des obstacles, comme des murs, des filets ou encore des montagnes de boue sont aménagés, rappelant le parcours du combattant, entraînement réputé des troupes militaires. Les obstacles ne sont pas obligatoires, chaque participant est libre d’éviter un obstacle trop difficile. Certaines courses sont également chronométrées. Si aucune limite de temps n’est impartie, la tombée de la nuit est une voiture-balai naturelle.

En 2016, une soixantaine de grandes courses sont prévues en France, essentiellement dans l’ouest et dans le nord. La première course à y être apparue est le « Frappa’dingue ». Originellement issue du nord, cette franchise est à l’origine d’une dizaine de parcours en France. À Sedan, par exemple, ils sont 4000 têtes brûlées à courir pour le « Frappa’dingue », dans la boue et l’eau à 12°C.

Ces courses sont le plus souvent organisées dans des endroits remarquables comme « Le 1418 » dans l’Oise, élu meilleur parcours du combattant 2015, et organisé en lien avec les commémorations de la Grande Guerre. Les organisateurs de ce type de courses sont en majorité de grands groupes, à l’image du « Mud Day » organisé par le groupe ASO (Amaury Sport Organisation), référence du genre, mais aussi parfois par des indépendants comme avec la course « Izenah Extrem » dans le Golfe du Morbihan organisée par quatre amis.

course-dobstacles-645x400

Les courses à obstacles, la nouvelle poule aux œufs d’or ?

De plus en plus d’entrepreneurs profitent donc de la vague sport extrême pour créer des événements. C’est le cas d’ASO en 2012 qui avait décidé de surfer sur l’engouement généré par ces courses aux Etats-Unis. L’initiative a été payante, à Paris, le nombre de participants a quasiment doublé en deux ans passant de 13 000 à 24 000 concurrents. En effet, le public, dont la moyenne d’âge est comprise entre 27 et 30 ans, y vient moins pour la compétition que pour se dépasser, avec à l’horizon l’objectif de finir la course, coûte que coûte. Seuls 40 à 50% des participants se disent adeptes de running. La communication autour de ces courses y est différente. Une grande partie de la publicité se fait via les réseaux sociaux ce qui explique en partie le succès auprès des jeunes.

Cependant le business créé est aussi source de frictions. Lors de la première « Frappa’dingue », le groupe d’amis organisant la course s’est désolidarisé du président de l’association, Marc Devins, considérant qu’il avait vidé l’événement de son esprit d’origine en faisant tout pour gagner un maximum d’argent. D’après eux, il bénéficiait de 40 euros sur une inscription de 50 euros. De son côté, Marc Devins promet : « Sur 50€ de frais d’inscription, je ne gagne que 2,72 euros. »

28% des Français considèrent uniquement ce genre de course comme un moyen de faire de gros bénéfices pour les organisateurs. Le prix de la course est très élevé, deux fois plus cher au kilomètre que le Marathon de Paris. Sûrement pour compenser le coût des obstacles, plutôt élaborés, et de l’organisation d’événements autour de la course comme des concerts. Jérôme Bérard, co-organisateur de La ruée des Fadas, à Montpellier explique : « Le bénéfice de ce type de courses est supérieur à 20% du chiffre d’affaires, soit plus de 10 euros par coureur, surtout après plusieurs courses. »

Ce type de course peut aussi poser des problèmes physiologiques, à cause du brutal passage d’une eau glacé à un effort physique violent. D’autres problèmes d’hygiène sont à noter dans d’autres événements comme lors du Mud Day du samedi 24 juin 2015 dans les Alpes Maritimes. Suite à la course, près de 600 participants signalaient des maux de ventre et de tête. Sûrement la conséquence du croisement entre le parcours et un tuyau d’égout.

Les courses à obstacles deviennent aussi petit à petit professionnelles. Le championnat du monde de course à obstacles (Obstacle Course Racing Championships) a été créé en 2014. Les 5 à 10 premiers coureurs de 39 courses de légende dans le monde y prennent part. Ces parcours ont mêmes fait leur apparition sur le petit écran avec l’émission de « Ninja Warrior », adaptée dans de nombreux pays dont la France.

Ce genre d’événements comme « The Mud Day » ou même les « Color Me Rad » sont amenés à se multiplier à condition que les organisateurs sachent renouveler leurs propositions : le principal défi du secteur tant on peut considérer que c’est avant tout l’aspect ludique et novateur qui attire les participants.

Eloi Le Tenier
Crédits photos : 20 minutes, Frappa’dingue.net

Laisser un commentaire