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Antoine Bedin : "Sarah aime ces moments où elle n'a plus le choix"

On peut être jeune, très jeune, et bénéficier d’un mental digne d’une championne expérimentée. Sixième mondiale des joueuses nées en 2006, Sarah Iliev l’a notamment mis à profit lors des Petits As, compétition de référence chez les U14. Antoine Bedin, qui suit sa carrière de près, nous explique comment l’Alsacienne utilise sa force de caractère pour se défaire de situations parfois mal embarquées.

Qui est Sarah Iliev ?

« C’est la numéro un française des joueuses nées en 2006, rappelle Antoine Bedin, CTR de la Ligue Grand Est. Sarah (NDLR : licenciée au TCP Ostwald) a déjà décroché de bons résultats sur des tournois de référence. Elle occupe actuellement la sixième place mondiale au ranking junior de son année d’âge. C’est une fille qui a fait des choses. On espère maintenant qu’elle fera de grandes choses. Et notamment à Tarbes. »


cultureSPORT : Hier, Sarah, dos au mur, a réussi l’exploit de revenir deux fois au score avant de s’imposer contre l’Américaine Brooklyn Olson. Malgré ses 13 ans, avez-vous déjà entrepris un travail mental qui pourrait s’avérer déterminant sur certains matchs ?

Antoine Bedin : En toute honnêteté, c’est une particularité, une singularité chez elle. C’est une fille qui est capable de mobiliser ses ressources au moment où elle en a le plus besoin. C’est ce qu’elle est parvenue à montrer dans les deuxième et troisième sets. Elle ne se laisse pas aller, mais parfois, elle se met à 80%. Elle se contente de gérer lorsqu’elle a de l’avance. Elle a cette qualité de pouvoir serrer le jeu quand il faut le faire.

cultureSPORT : Cette grosse force de caractère lui servira assurément dans les années futures. Justement, comment envisagez-vous la suite ?

Antoine Bedin : On espère… C’est en grande partie issue du travail que nous réalisons mais surtout de sa culture. C’est une fille qui vient des pays de l’Est. Elle est d’origine bulgare, sa mère est née là-bas (NDLR : le père est Grec). Il existe une culture des pays de l’est : ils sont plus rudes, plus durs que chez nous. Elle apprécie lorsqu’elle se retrouve dans l’inconfort. Parfois, on peut reprocher à nos Frenchies de se laisser aller et de s’écrouler. Elle, c’est le contraire. Elle aime ces moments où elle n’a plus vraiment le choix. C’est dans ces conditions qu’elle peut exprimer pleinement son potentiel.

Les Jeux de Paris ? Je n’ai pas envie de dire dès aujourd’hui que c’est un objectif mais je n’ai pas envie non plus de fermer les portes.

Antoine Bedin

cultureSPORT : Les Petits As révèlent généralement de nombreux talents. Il arrive que certaines joueuses explosent aux yeux du grand public moins de quatre ans après leur passage à Tarbes. Coco Gauff, qui a participé à l’édition 2017, s’est déjà hissée en huitièmes de Wimbledon l’an passé ainsi qu’à l’Open d’Australie cette année. Quelle est la marche à suivre pour les imiter ?

Antoine Bedin : Même si les Petits As ne sont qu’un temps de passage, cette compétition reste un grand chelem pour les petits, pour les moins de 14 ans. La plupart des filles qui ont bien joué ici sont aujourd’hui dans le top 100 du circuit WTA. Je n’ai pas le pourcentage exact, mais je pense qu’au moins 50% d’entre elles ont fait un quart de finale à Tarbes. Ce sont des joueuses qu’on a vues, qu’on a connu et qui ont ensuite poursuivi leur route sur le circuit juniors, notamment, comme Sarah, qui a entamé sa transition. Elle est aujourd’hui dans les huit meilleures. C’est un indicateur assez juste.

Sarah Iliev en conférence de presse, après sa victoire en huitièmes de finale. Crédit photo : Nicolas Gréno/cultureSPORT.

cultureSPORT : En amont du court central réside un stand « Terre de Jeux » qui promeut les Jeux Olympiques 2024. Est-ce envisageable de retrouver Sarah à Paris, sur les courts de Roland Garros ?

Antoine Bedin : Ce n’est ni dans ma tête, ni dans la sienne, surtout. Elle est encore très jeune. Elle n’a que 13 ans. Elle n’envisage pas encore ce truc-là. 2024… ça sera peut-être un petit peu tôt. Après, on ne sait pas. Tout dépendra de son évolution. Je n’ai pas envie de dire dès aujourd’hui que c’est un objectif mais je n’ai pas envie non plus de fermer les portes. Si elle peut y être, ça serait très bien. C’est que le projet aura bien avancé…

cultureSPORT : Terminons avec une question basique : comment parvient-elle à concilier tennis et études ?

Antoine Bedin : Sarah est référencée projet international par la direction technique nationale. Elle fait partie de l’armada de joueuses que la Fédération aide financièrement à hauteur de montants très importants. Au niveau régional, à la Ligue du Grand Est, elle est également aidée avec la mise à disposition d’un cadre. Je suis mis à disposition pour l’accompagner dans son projet. Même si cela se fait au niveau régional, c’est totalement un produit fédéral. Sans cet appui, tout serait très différent sur le plan financier.

Recueilli par Nicolas Gréno (@nicolasgreno). Crédit photo de la une : N. G./cultureSPORT.

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