Jérôme Gilbert : « Je suis fier d’être le petit frère de Philippe »

Il a débuté sa saison en mai dernier après une arrivée très médiatisée chez Accent Jobs. Quelques jours avant sa première course dans les rangs professionnels, nous lui posions quelques questions sur Culture Sport. Une demie année plus tard, Jérôme revient sur le titre Mondial de son frère Philippe et sur son intégration dans l’élite du cyclisme. Il repart pour une deuxième saison en 2013.

Quel bilan tirez-vous de votre première année chez les pros ?
Mes six premiers mois au niveau pro se sont passés très vite. J’en retire une grande expérience ! J’ai dû augmenter ma charge de travail ce qui m’a permis de faire évoluer ma condition très vite. Avant ma signature chez Accent.jobs-Willems Veranda’s je n’avais jamais fait de course de plus de 170 kilomètres. J’ai donc eu du mal lors des premières compétitions de plus de 200 à 210 bornes. Le bilan pour ma part est positif, même si j’ai eu un passage à vide durant le mois d’août. Le plus important, c’est que j’ai pu signer un nouveau contrat pour la saison 2013. Ce qui va me permettre de travailler correctement lors de l’hiver et ensuite partir pour une saison complète.

Vous êtes-vous bien intégré au sein de la formation Accent Jobs ?
Mon intégration s’est bien déroulée. Je parle volontiers, donc cela m’a aidé pour nouer des contacts avec les membres de l’équipe.

Cela ne vous a pas vexé lorsque certaines personnes disaient que votre présence était avant tout publicitaire ?
Comme j’ai l’habitude de dire, on se bat avec ses armes ! Certains ont un CV rempli de victoires, d’autres sont des équipiers de luxe… Mes atouts c’était tout d’abord mon nom… Gilbert, au niveau cyclisme, cela interpelle non ?

En mai, vous avez couru votre première course pro en compagnie de votre frère, qui portait encore le maillot de champion de Belgique. Quelles émotions avez-vous ressenti à ses côtés ? Vous vous êtes dit : « enfin ! Enfin on court ensemble chez les pros après toutes ces galères » ? (grave chute lors du Tour du Faso 2010)
C’était spécial, mais sur le moment, on y pense que très peu. La course et ses enjeux passent avant les émotions. Mais le croiser dans le peloton c’est quand même magnifique. Avant j’étais comme beaucoup de monde derrière les barrières nadar (barrières de sécurité, ndlr)… Puis, en quelques semaines, je me suis retrouvé au cœur du peloton. C’est une magnifique expérience. Lors de ce Tour de Belgique, nous roulions sur des routes connues, le public n’avait d’yeux que pour le champion de Belgique. A chaque coin de rue des encouragements pour Phil, des « Allez Gilbert » c’est fou ! Ce n’était pas pour moi, mais cela donne quand même des frissons. Grâce à cela, j’ai pu repousser mes limites… En plus, Phil venait de temps en temps à ma hauteur pour me donner des conseils et m’encourager.

En avril, vous nous disiez que « les championnats du Monde devraient convenir à merveille » à Philippe. Depuis, il est devenu champion du Monde. Ça fait quoi d’avoir un frère qui porte la tunique arc-en-ciel ?
C’est vrai que lorsque la ville de Valkenburg a été retenue pour organiser les Mondiaux, Phil nous a dit directement qu’il serait motivé comme jamais. Motivé et en grande forme, il a gagné ! C’est une chose exceptionnelle. Je suis fier de son sacre. J’ai eu l’occasion de rouler à l’entraînement avec lui le week-end dernier. Nous avons aussi pris part au critérium d’adieu de Monsieur Vinokourov ! C’est quand je l’ai vu dans sa belle tunique blanche avec les bandes arc-en-ciel que j’ai vraiment réalisé… Je le dis à nouveau, je suis fier d’être son petit frère.

Vous étiez le seul membre de la famille Gilbert à ne pas être présent à Valkenburg car ce jour là, vous étiez sur une autre épreuve. Comment avez-vous appris le sacre de Phil ?
Effectivement, toute la famille et quelques supporters (quatre bus) étaient à Valkenburg. De mon coté, j’ai pris la direction de Gooik avec ma compagne pour y disputer une course. Dans le final, je me suis échappé avec quinze autres coureurs. J’ai ensuite eu un problème technique ce qui m’a obligé à attendre le peloton et ma voiture afin d’être dépanné. A l’entame des quinze derniers kilomètres, j’ai fait la jonction avec la fin du peloton lorsque la voiture des commissaires de course est venue à ma hauteur et le pilote m’a dit « Jérôme, ton frère est champion du Monde !« . A ce moment-là, je ne ressentais plus rien… J’étais dans un état d’euphorie… J’ai fini la course sans pouvoir aider mes équipiers pour le sprint final. Après la course, nous avons filé à Remouchamps où Phil est venu avec son beau maillot saluer les nombreux supporters restés jusque tard dans la nuit au « Cheval Blanc », une brasserie située au centre de notre village !

Dans une ou deux saisons (2014/2015), vous vous voyez dans la même équipe que votre frère ou est-ce (encore) utopique ?
Dans le sport tout est possible… Mais je préfère garder les pieds sur terre ! En 2012, j’ai fait une demie saison au niveau pro. J’ai pris le départ de ma première course le 1er mai à Francfort. J’ai beaucoup progressé lors de cette demie saison. Avant, je travaillais, je roulais pour mon plaisir et n’avais jamais effectué plus de 200 kilomètres à l’entraînement. En quelques mois, j’ai pris part à des courses de plus de 200 bornes. Ce n’était pas évident mais je me suis appliqué à travailler pour mes équipiers et à aller le plus loin possible. Phil est au top de notre sport… Moi j’arrive seulement dans le peloton et j’ai vingt-huit ans… Si je peux continuer quelques années et que Philippe signe dans une plus petite équipe pourquoi pas…

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la saison 2013 ? En fin d’année 2011, vous disiez vouloir « devenir l’équipier du champion du monde en 2013 », pour blaguer.
Pour 2013 ? Vous pouvez simplement me souhaiter de signer à nouveau un contrat pour une ou deux années supplémentaires. Pour y arriver, il faut que je progresse encore et surtout que je n’ai aucun problème de santé. Oui, j’avais dit vouloir devenir l’équipier du champion du Monde… Phil est devenu champion ! 50% de mon souhait s’est réalisé…

Crédit photos : équipe cycliste Astana, Facebook de Jérôme Gilbert, AFP

About Nicolas Gréno

Créateur & rédac' @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l'UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

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