La 100e du Tour : des lieux et des histoires (9/10)

cyling3lemond_216782sAu cours de ces deux semaines plongées dans les archives du Tour, nous avons mis à l’honneur les grimpeurs, les sprinteurs, mais pas les rouleurs. Ce neuvième volet leur est donc consacré. Et pour l’occasion, quoi de mieux qu’un souvenir en 1989. Alors que l’Europe est en ébullition, Fignon et LeMond se dispute âprement le maillot jaune. Le contre-la-montre final réservait une fin d’épreuve serrée, très serrée !

Les rouleurs : machines à pédaler

Il y a deux dimensions dans le cyclisme : d’un côté les traditionnelles courses en ligne, ces épreuves disputées en peloton où tout se joue principalement dans les derniers kilomètres. De l’autre, il y a les contre-la-montre : chacun s’élance à son tour, chacun patientant tel un lion en cage sur la rampe de lancement. Munis de vélos aux formes aérodynamiques, les participants couvrent des étapes variant dans la longueur et la difficulté. Autrefois, il était fréquent d’assister à un effort solitaire d’une centaine de bornes. Les courses s’étant « humanisées », on se limite désormais à la soixantaine de kilomètres. D’autres particularités ont disparus tel le chrono en duo. Ce concept original n’est plus réalisable puisque les formations présentent neuf coureurs au départ, nombre impair. Dans le cyclisme du XXIe  siècle, la mode est aux prologues : efforts courts et intenses. Certaines courses prévoient des distances minimes, parfois deux mille mètres – à l’instar du Paris-Nice 2013. Dans l’optique de rompre les coutumes, ASO n’a pas prévu de contre-la-montre inaugural cette année. Nul doute que la tradition reprendra à l’avenir. Néanmoins la centième édition propose soixante bornes d’effort solitaire découpés en deux profils distincts : le premier sera pratiquement plat, avec une arrivée majestueuse au pied du Mont-Saint-Michel. L’autre sera nettement plus difficile, enchainant deux cols de deuxième catégorie dans le cadre somptueux du lac de Serre-Ponçon. De quoi sacrer un coureur complet, conjuguant contre-la-montre et montagne avec classe. L’histoire retiendra des spécialistes du genre tels Jacques Anquetil, Miguel Indurain, ou plus récemment Sir Bradley Wiggins. Mais en 1989, le chrono reliant Versailles aux Champs-Elysées va captiver les foules. Non pas pour la démonstration de puissance, mais pour un duel épique conclu avec huit secondes d’écart !

Fignon/LeMond, huit secondes pour trois semaines

Il fût un temps – pas si lointain – où les coureurs se présentaient aux contre-la-montre avec un vélo ordinaire. Seules de minimes modifications étaient apportées à la machine traditionnelle. C’est en 1989 que la rupture avec ce temps eut lieu. À l’époque, les recherches aérodynamiques n’étaient guère poussées, et seul Greg LeMond croyait aux vertus d’un guidon de triathlète. Celui-ci permet de mieux fendre l’air et donc optimiser le rendement. C’est cette innovation qui va offrir le duel le plus épique du Tour de France. Depuis le chrono de Rennes en première semaine, LeMond et Fignon sont inséparables. Le tenant du titre Delgado étant rapidement écarté des débats –après s’être présenté en retard sur la rampe de lancement du prologue – le duo franco-américain s’échange le maillot jaune à coup de surprises. Au sortir des Alpes, Fignon devance son adversaire de cinquante secondes. Bien que le Yankee soit plus fort dans l’effort solitaire, rien ne peut empêcher une victoire du protégé de Cyrille Guimard. Rien ? Comme pour conserver un suspense total, le Français se blesse à la selle la veille. Et cet élément va jouer en sa défaveur. LeMond – qui tient à ne pas connaitre les écarts durant la course – tente le tout pour le tout. Avec sa machine venue d’une autre galaxie, il réalise le meilleur temps avec cinquante-quatre kilomètres heures de moyenne ! Il ne reste plus qu’à attendre l’arrivée du maillot jaune. Lequel semble moins fluide dans la cadence de pédalage, il souffre. Et le compteur l’obsède : à deux cents mètres de la fin, il est virtuellement maillot jaune. Mais il ne lui reste plus que dix secondes ! Le speaker décompte, ajoutant une pression supplémentaire. Fignon donne tout, mais il échoue ! Pour huit secondes seulement ! Dégoûté, il crache à la caméra. Puis, il reprend ses esprits, et s’avoue vaincu devant le revenant LeMond, de retour en compétition après une blessure de chasse. Ainsi se termine le Tour de France 1989, le tour le plus fou de l’histoire !

About Julien Detroz

Conseiller de rédaction Culture Sport Journaliste Culture Sport cyclisme Journaliste en cyclisme Sudpresse Journaliste sportif La Meuse Namur Journaliste sportif MAtélé Facebook: Julien Detroz Twitter: @juliendetroz Admirateur de Rodrigo Beenkens. Affamé de sport et fervent suiveur du cyclisme. Journaliste qui n'hésite pas à mouiller le maillot, sur un vélo. Croque la vie à pleine dent. « Fais de ta vie un rêve et d'un rêve, une réalité. »

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