#LBL100 : Des lieux et des histoires (1/3)

41359010Après avoir retracé les cent éditions du Tour de France, Culture Sport renoue avec sa saga « Des lieux et des histoires » à l’occasion du centenaire de Liège-Bastogne-Liège. En prélude de la course, revivez, en trois parties, des moments forts qui ont forgé la légende de la Doyenne. Premier épisode : la trilogie qui enchaîne Wanne, Stokeu et la Haute-Levée.

La trilogie ou le début des choses sérieuses

Sans manquer de respect pour la chevauchée vers Bastogne, à la côte de La Roche et au redoutable Mur de Saint-Roch, la Doyenne commence véritablement au pied de Wanne. Le prélude n’est qu’un terrain où les échappés s’éloignent et les plus faibles perdent leur capital énergétique. Car, une fois passé Vielsalm, le rythme ne va cesser d’augmenter. Plongeant dans la vallée de la Salm, le peloton quitte la grande chaussée à hauteur d’une petite baraque à frite, bien belge ! C’est la course au placement. Car, directement, c’est la côte de Wanne. Une ascension qui n’est pas insurmontable, bien qu’elle propose des pourcentages dépassant les dix pourcents. Pas le temps pour les coureurs d’admirer le somptueux décor qui les entoure. Les vastes étendues de sapins déroulant les flancs n’illuminent que les images télévisées. Les coureurs, eux, se concentrent sur leur ressenti. Passé le sommet, on sait si on pourra tenir jusque Liège ou non. Ensuite, c’est une descente vertigineuse qui les emmène au pied du col du Stockeû. Un col, vous lisez bien ! Pourtant, il ne dépasse pas les mille-deux-cents mètres. Mais les passages à vingt pourcents sont terrifiants. Les organismes qui ont déjà parcouru deux-cents bornes sont mis à rudes épreuves. La stèle d’Eddy Merckx félicite les courageux en son sommet. Puis, on fait demi-tour pour plonger vers Stavelot et son petit secteur pavé. Mais très vite, la Haute-Levée vient donner du fil à retorde. Son premier kilomètre est difficile : dix pourcents. La suite l’est tout autant : un long faux-plat exposé au vent envoie le peloton vers Francorchamps. La sélection s’est opérée. La trilogie a fait son travail.

Décisif dans le passé

Aujourd’hui, l’enchaînement de ces trois côtes n’est plus aussi redouté qu’autrefois. Jusqu’aux années quatre-vingt, la trilogie était décisive. Au sortir de celle-ci, les meilleurs étaient, déjà, isolés en tête. Ils n’avaient plus qu’à se départager sur les côtes suivantes. C’était là, plus précisément dans le Stockeû, qu’Eddy Merckx a forgé trois de ses cinq succès. En 1969, il émergeait, à Stavelot, avec Vic Van Schil, son équipier. Le duo n’a plus été revu et le Cannibale remportait son premier succès. C’est aussi dans cette trilogie que Bernard Hinault est parti, seul, en 1980. Outre la victoire sur ses concurrents, il a vaincu les conditions climatiques. Cette édition a été marquée par le froid glacial et la neige. Le Blaireau raconte : « Au deuxième ravito, Cyrille Guimard (le directeur sportif, ndlr) me demanda d’enlever mon imperméable, impropre, il est vrai, à la pratique du vélo. Je lui ai dit d’aller se faire foutre ou de venir lui-même sur le vélo. Et j’ai dit aussi à mon équipier Maurice Le Guilloux : “Quand on arrive à Vielsam, on dégage, on rentre à l’hôtel.” Et j’ai fait quoi ? Je me suis mis devant pour me réchauffer, à Wanne puis au Stockeû. J’ai dépassé Ludo Peeters et Rudy Pevenage et, à la Haute-Levée, j’étais seul. Il me restait 80 bornes. » Hinault terminera en solitaire, avec neuf minutes d’avance sur son dauphin, Hennie Kuiper. Son coup de panache exceptionnel lui coûtera la sensibilité de ses deux majeurs. « Aujourd’hui, je suis incapable de travailler sans gants lorsqu’il fait 4 ou 5 degrés. » Et puis comment ne pas évoquer Joseph Bruyère. Le natif de Saint-Rémy, fidèle gregario d’Eddy Merckx, a eu droit, par deux fois, au succès sur Liège. Ses deux victoires se sont concrétisées dans la trilogie. En 1976, il prenait la poudre d’escampette dès Wanne. Son leader, Merckx, étant trop observé par ses adversaires. Deux ans plus tard, vêtu du maillot C&A, il attaquera avec Pollentier dans la Haute-Levée. Comment se sont-ils départagés ? C’est à la Redoute de l’expliquer ! Et ce, dans le prochain épisode.

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About Julien Detroz

Conseiller de rédaction Culture Sport Journaliste Culture Sport cyclisme Journaliste en cyclisme Sudpresse Journaliste sportif La Meuse Namur Journaliste sportif MAtélé Facebook: Julien Detroz Twitter: @juliendetroz Admirateur de Rodrigo Beenkens. Affamé de sport et fervent suiveur du cyclisme. Journaliste qui n'hésite pas à mouiller le maillot, sur un vélo. Croque la vie à pleine dent. « Fais de ta vie un rêve et d'un rêve, une réalité. »