Et si le Qatar l’avait emporté ?

Nous sommes le 1er février, il est 19 heures, et le Qatar remporte la finale de « son » Mondial face à une Equipe de France très faible. Incapable de reproduire le niveau de jeu qui fut le sien en demi-finale, les Français chutent face aux Qataris. Surmotivés et supérieurs dans tous les domaines, le Qatar est sur le toit du monde. Avec une équipe finaliste composée de seulement deux joueurs nés sur le sol national, pour quatorze joueurs étrangers, ils ont réussi leur pari…

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Et si ce scénario s’était réellement produit ? Aujourd’hui, chacun de nous se réveille avec des étoiles dans les yeux, avec encore en mémoire ces scènes de joie, d’une équipe de France à nouveau sacrée championne du monde… Mais qu’en aurait-il été si le Qatar avait remporté la compétition ?

« Je ne dis pas que l’honneur est sauf, mais que peut-être qu’effectivement, pour la symbolique, c’était mieux que ce soit nous qui gagnions ». Telles sont les paroles du sélectionneur français, Claude Onesta, à la suite de la victoire finale de l’Equipe de France dimanche soir. Ce sacre, qui vient s’ajouter aux sept médailles d’or déjà remportées par ce monument du sport français, a une valeur particulière. En effet, la sélection du Qatar, construite sur des naturalisations massives, ne semble pas correspondre à la vision du sport détenue par l’entraîneur des « Experts ».

Le Qatar avait pourtant parfaitement préparé le terrain. En janvier 2011, le pays est en compétition avec la France, la Pologne et la Norvège pour être désigné pays hôte du mondial. A la surprise générale, le Qatar l’emporte dès le premier tour, face à ses concurrents européens. A la suite de cette première victoire, le président de la fédération qatari de Handball, Ahmed Mohammed Al-Shaabi déclarait à l’AFP «  Pouvoir organiser ce Mondial était notre rêve et notre objectif. On est très heureux, on a travaillé très dur pour gagner, c’est un moment historique. Notre dossier était très bon, on a répondu à toutes les demandes de l’IHF. On a fait du bon boulot ».

Du côté français, la déception est à la hauteur des espoirs suscités par cette candidature. En témoignait d’ailleurs la réaction de Joel Delplanque, président de la Fédération française de handball (FFHB). En larmes pendant de longues minutes, il fut, dans un premier temps, incapable de répondre aux questions des journalistes présents ce jour-là. « Pour moi, c’est invraisemblable, je ne trouve pas les mots pour dire ce que je ressens, c’est terrible, une vraie souffrance » déclarait-il, encore surpris par le vote du jury.

Entre ce 27 janvier 2011, et le 15 janvier 2015, date de la cérémonie d’ouverture, on ne peut reprocher au Qatar l’investissement fourni. En effet, le pays a transformé ce Championnat du Monde en un véritable succès, notamment grâce à des moyens financiers colossaux. L’enceinte du Lusail Multipurpose Hall, véritable bijou au milieu du désert Qatari est une salle ultramoderne. Avec une capacité d’accueil de 15 000 places, pour un investissement estimé à 250 millions d’euros, elle n’a rien à envier aux plus belles Arenas Européennes. Si la salle est grandiose, on peut tout de même se demander quelle sera sa véritable utilité à l’issue du mondial. La question se pose, puisqu’elle est située au milieu de nulle part, et que le nombre de licenciés dépasse à peine les 700 (contre plus de 515 000 en France par exemple). On peut cependant imaginer que le Qatar pense déjà aux Jeux Olympiques de 2024 ou 2028, prochain objectif des dirigeants actuels.

Concernant les supporters, on a également fait face à un certain malaise. Pour encourager son équipe, le petit état du Golfe a fait venir d’Europe de nombreux supporters en leur payant l’intégralité de leurs activités. Une fois de plus, un principe qui parait contraire aux valeurs du sport…

Mais c’est la suite des événements qui semble avoir irrité Claude Onesta. L’équipe Qatarienne enchaine les victoires, et finalement, se retrouve en finale de « son » Championnat du monde, avec seulement une défaite au compteur. Cette sélection devient même la première non-européenne à se qualifier pour une finale d’une compétition majeure. Comment a-t-on pu en arriver là ? Tout simplement grâce à un règlement très souple. En effet, selon les textes officiels de la Fédération Internationale de Handball, si un joueur n’a pas joué pour une équipe nationale depuis au moins trois ans, il peut décider de porter les couleurs d’un autre pays.

Le Qatar n’a pas triché, mais s’est donc simplement servi des largesses du règlement. Ainsi, plus des trois-quarts de l’équipe finaliste étaient d’origine étrangère. De plus, leur préparation a été facilitée par le fait que la moitié des joueurs du Qatar évoluent dans le même club d’Al Jaish, mais également par l’annulation du championnat.

Afin d’illustrer ce fonctionnement, le meilleur exemple est le français Bertrand Roiné. Champion du monde en 2011 avec l’Equipe de France, il affrontait donc ses anciens partenaires. Le joueur de 33 ans, naturalisé pour l’occasion ne portait plus le maillot bleu depuis 2011, il a donc pu intégrer l’équipe du Qatar. Cela pose tout de même un problème d’éthique… Comme le souligne Claude Onesta, « Je considère que quelqu’un qui a fait la démarche de demander la nationalité d’un pays, qui y vit, qui élève ses enfants dans ce pays, a tous les droits de jouer une compétition. Mais quand vous avez des passeports temporaires pour une compétition, c’est un contournement de la règle  », a-t-il estimé. « Je ne jette pas la pierre à l’équipe du Qatar qui est rentrée dans la règle, mais il serait dommageable de rester dans cette direction. » En effet, en continuant ainsi, il est légitime de se demander si l’esprit « sportif » des compétitions n’est pas voué à disparaître…

Pourtant, le système de naturalisation des sportifs n’a rien de récent. Lors des Jeux Olympiques de Londres, l’équipe britannique de handball avait par exemple été monté de toutes pièces. A ce titre, la Fédération internationale de handball, avec son règlement pour le moins laxiste autorisant ce genre de « transfert » de sélection, n’est pas exempt de tout reproche. Finalement, ce n’est pas la sélection du Qatar qui était en finale, mais bien un club…

Quoi qu’il en soit, Claude Onesta semble réticent à ce genre de pratiques dans le milieu sportif. Allant même jusqu’à déclarer qu’il n’aurait jamais entraîné le Qatar, « même pour tout l’or du monde ». Ce dimanche, au-delà de l’Equipe de France, c’est bien le sport qui a pris le dessus.

Antonin Lhuillier. Crédit photo : Fédération Qatari de handball

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