F1 : Cinq questions avant d’attaquer la saison sur les chapeaux de roues

QUESTIONS/RÉPONSES. A tout juste un mois de la traditionnelle rentrée des classes en Australie, nous avons voulu prendre le pouls de cette nouvelle saison avec Medhi Casaurang. Notre rédacteur F1 s’est plié à l’exercice des questions/réponses. Au menu : l’hégémonie des Flèches d’Argent, la relation entre les deux frères ennemis de chez Mercedes, la jeune pépite Verstappen, la sécurité des pilotes ainsi que le transfert de Grosjean.

cultureSPORT Lewis Hamilton Mercedes

1. Jusqu’à quand va durer l’hégémonie Mercedes selon toi ? Comment expliquer une telle razzia la saison dernière ? Faut-il rappeler qu’ils n’ont « lâché » que trois Grands Prix à Vettel…

Medhi Casaurang : C’est la magie du sport auto : fin 2013, la même question se posait pour le duo Red Bull-Vettel. Or, la hiérarchie est quelque chose de très éphémère en F1. Mercedes s’est retrouvé au sommet de la discipline après quatre années de dur labeur. Entre 2010 et 2013, les Flèches d’Argent ont brillé par à-coups. Alors que les V8 grondaient sur les circuits, l’organigramme allemand a décidé de se concentrer sur le programme 2014. Une nouvelle saison qui coïncidait avec l’introduction du révolutionnaire bloc-moteur V6 Turbo Hybride. Ross Brawn (artisan du succès chez Ferrari dans les 2000’s) a anticipé ce changement et a enrôlé des ingénieurs de talent. Mercedes a eu le temps et les moyens de créer un moteur fiable. Au même moment, Ferrari et Renault se sont perdus dans les problèmes de développement. Voilà qui explique la gigantesque avance du team dès la première course de l’ère V6 Turbo en mars 2014. Cet écart de perf’ ne peut pas être comblé d’un claquement de doigts, au vu du gel des règlements. Il faudra certainement attendre les prochaines saisons, qui devraient accoucher de nouvelles législations sur l’aérodynamisme voire le moteur.

cultureSPORT Lewis Hamilton et Nico Rosberg

2. Comment s’entendent Lewis Hamilton et Nico Rosberg en interne ? Le torchon doit brûler de plus en plus entre les deux hommes…

Medhi Casaurang : L’entente est professionnelle. Le temps où les deux amis se prenaient dans les bras après une belle course est révolu. On l’a bien vu en fin d’année, lorsque Hamilton adoptait un pilotage très viril au premier virage. Rosberg a finalement trouvé la clé pour contre-attaquer (3 victoires à l’automne), mais il a été trop erratique pour viser la couronne. On a parfois eu l’impression que le respect entre les deux hommes s’était évaporé. Un exemple ? Monaco, en mai dernier : Hamilton, largement dominateur, perd la course suite à une erreur stratégique de son staff. Rosberg décroche un succès inespéré, par opportunisme. On aurait pu s’attendre à de la retenue chez le vainqueur. Que nenni ! Le vice-champion arborait un sourire radiant, qui frôlait la provocation vis-à-vis de son équipier, légitimement déçu. L’année qui s’annonce doit être celle du retour en grâce de Nico, sans quoi Lewis pourra définitivement se sentir à la maison dans la formation à l’étoile.

cultureSPORT Max Verstappen

3. Max Verstappen a fait beaucoup parler de lui l’an passé comme étant le plus jeune pilote de l’Histoire de la F1 (17 ans). À l’âge où les Français ne peuvent pas encore passer leur permis de conduire, comment s’est débrouillé le très juvénile hollandais ?

Medhi Casaurang : Le point commun entre Verstappen, Button, Alonso et Vettel ? Ils ont épaté le monde de la F1 lors de leurs débuts. Max (qui a finalement obtenu son permis en fin d’année dernière), a été l’auteur de très beaux résultats (quatrième en Hongrie et aux États-Unis) sur une Toro Rosso habituée aux modestes tops 10. Des statistiques, certes, mais avec la manière ! Le Hollandais a égayé les processions du dimanche grâce à des manœuvres au cordeau. Bien éduqué par ses parents (un père pilote de F1 entre 94 et 2003 et une mère championne de kart), son coup de volant n’a d’égal que son ego. Après avoir harponné Grosjean à Monaco, il refusa de reconnaître son erreur ! C’est bien connu, pour devenir un champion, il faut savoir être méchant et autoritaire. Il a l’avenir devant lui, mais ne doit pas se mettre trop de pression. Il faut aussi qu’il apprenne à être un tantinet plus humble ; trop de confiance en soi peut entraîner de mauvaises décisions, on l’a vu dans la Principauté.

cultureSPORT hommage Jules Bianchi

4. La saison 2015 a été marquée par la tragique mort de Jules Bianchi. Est-ce que des décisions ont été prises depuis afin d’améliorer encore et encore l’intégrité physique des pilotes ?

Medhi Casaurang : Une F1 n’a jamais été aussi sûre qu’en 2016, mais le risque zéro n’existera jamais. La prochaine avancée concerne la protection de la tête du pilote. La solution la plus réaliste, proposée par Mercedes, est l’ajout d’un « halo » au-dessus du cockpit. Cela permettrait de protéger la partie la plus sensible de la monoplace qu’est la tête du pilote. Autrefois décriée, la possibilité d’avoir un cockpit semi-fermé semble devenir une priorité pour la FIA La Fédération Internationale de l’Automobile devrait accélérer l’instauration d’un tel procédé vers 2017. On ne peut que s’en féliciter, l’intégrité des pilotes devant passer avant l’aspect esthétique et historique du cockpit à ciel ouvert.

cultureSPORT Romain Grosjean

5. Que faut-il attendre du transfert de Romain Grosjean de Lotus vers Haas ?

Medhi Casaurang : Certains disent que c’est la première marche vers un poste au sein de la Scuderia Ferrari (les composants mécaniques seront italiens). Je pencherai plutôt du côté des sceptiques. Vous en connaissez des nouvelles équipes qui font des belles performances d’entrée de jeu ? Hormis BrawnGP en 2009 (et encore, le projet découle de Honda qui avait axé ses efforts en amont), il faut du temps, de l’organisation et de la cohésion pour qu’une voiture soit dans le haut du panier. En toute logique, pour une première saison d’apprentissage, on devrait retrouver le duo Grosjean-Gutierrez le plus souvent dans la seconde moitié du plateau. On espère néanmoins que le Français ne s’est pas engagé dans une voie sans issue, car il est définitivement un pilote qui mériterait un volant dans un top team.

Le plateau 2016

Mercedes (All) : Lewis Hamilton (Grb), Nico Rosberg (All). Ferrari (Ita) : Sebastian Vettel (All), Kimi Räikkönen (Fin). Williams (Grb) : Felipe Massa (Bré), Valtteri Bottas (Fin). Red Bull (Aut) : Daniel Ricciardo (Aus), Daniil Kvyat (Rus). Force India (Ind) : Sergio Pérez (Mex), Nico Hülkenberg (All). Renault (Fra) : Kevin Magnussen (Dan), Jolyon Palmer (Grb). Toro Rosso (Ita) : Max Verstappen (Hol), Carlos Sainz Jr. (Esp). Sauber (Sui) : Marcus Ericsson (Sué), Felipe Nasr (Bré). McLaren (Grb) : Fernando Alonso (Esp), Jenson Button (Grb). Manor (Grb) : Rio Haryanto (Indo), Pascal Wehrlein (All). Haas (Usa) : Romain Grosjean (Fra), Esteban Gutiérrez (Mex).

Propos recueillis par Nicolas Gréno (@nicolasgreno)
Merci à Medhi Casaurang (@MedhiCasaurang) pour sa collaboration
Crédits photos : pages Facebook officielles de Mercedes, Toro Rosso et Haas, DR.

About Nicolas Gréno

Créateur & rédac’ @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l’UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

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