Quidditch : En France, Harry Potter balaie l’irréel d’un revers de main

ENTRETIEN-DÉCOUVERTE.

Le Quidditch est le sport sur balai le plus connu dans le monde de la magie, à travers le succès littéraire de Harry Potter ces dix dernières années. Aujourd’hui, le plus célèbre des sorciers a réussi à transposer son rêve sportif en réalité. Tous les passionnés rejoignent des fédérations aux quatre coins du monde (500 équipes dans 26 pays différents) afin de mettre en place de nombreuses compétitions nationales, européennes et mondiales. L’International Quidditch Association est le garant du bon respect des règles et de l’organisation des matchs. La France, a par ailleurs un très bon niveau, se classant cinquième aux derniers Mondiaux à Francfort (Allemagne).

Ainsi, notre équipe cultureSPORT a voulu comprendre la philosophie qui anime ses pratiquants « moldus-Muggle » (sans pouvoirs magiques en anglais*), en rencontrant le président de la Fédération Française de Quidditch, Baptiste Julien Blandet.

« Le Quidditch est un mélange de rugby, de hand, de balle au prisonnier et de lutte. Les pratiquants ont entre 18 et 30 ans. »

cultureSPORT : Qui, comment, quel âge et quelle condition physique faut-il avoir pour se lancer au jeu du Quidditch ?
Baptiste Julien Blandet : Le « Muggle » Quidditch est un sport mixte et ouvert à la diversité. Cela se retrouve sur le terrain : filles et garçons jouent ensemble. Il faut au minimum deux personnes du sexe opposé parmi les six personnes qui jouent sur le terrain. Il y a quatre postes de joueurs, ce qui permet à tous les gabarits de trouver leur place : le gardien, une personne assez costaud et grande pour protéger les buts mais aussi mener l’offensive sur les buts adverses et passer le « souafle » (lexique en fin d’article) dans l’un des trois anneaux ; les poursuiveurs, trois personnes qui ont de l’endurance et du répondant pour plaquer l’adversaire quand cela est nécessaire ; les batteurs, deux personnes vives et observatrices pour viser l’adversaire avec le « cognard » (lexique en fin d’article) et les mettre hors jeu ; et les attrapeurs, une personne agile et souple pour attraper le « vif d’or » sans toucher le porteur du « vif d’or » (lexique en fin d’article). Le Quidditch est un jeu d’équipe complet qui mélange rugby, handball, balle au prisonnier et lutte. A ce jour, les pratiquants ont entre 18 et 30 ans, avec beaucoup de jeunes de 20/24 ans. Mais il y a aussi de plus en plus de mineurs, des écoles, des collèges ou encore des centres de loisirs proposent des activités autour du Quidditch. Bien sûr, pour finir en équipe de France, il faut être parmi les meilleurs, mais la diversité de gabarit reste toujours vraie.
On finit tout de même 5ème à Francfort lors de la coupe du monde ! Oui c’est une sacrée performance, même si l’objectif était de revenir champions. Les aléas d’arbitrage et la stratégie de jeu en ont décidé autrement. Mais l’équipe de France a montré de très belles choses, les bases étaient là. Elles vont être développées en vue de conserver le titre européen en juillet prochain.

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cultureSPORT : Quels sont vos objectifs financiers, de recrutement et de communication à l’horizon 2020 ?

Baptiste Julien Blandet : Le Quidditch est un sport jeune, donc avec de faibles moyens. Seul un événement comme la Coupe du Monde permet de mettre en place un dispositif de diffusion en live des matchs. Et il faut aussi avoir du temps pour monter et proposer des images de bonnes qualités. Or les personnes qui font cela sont bénévoles. Ce qu’elles font est déjà très bien, mais elles ne peuvent pas consacrer tout leur temps disponible, elles ont aussi des études ou un travail à côté. Mais, d’ici 2020, on peut imaginer déjà une chaîne YouTube très active avec des vidéos régulières. Après, plus nous aurons d’équipes en France, plus nous aurons un potentiel d’intérêts pour proposer des rendez-vous importants réguliers. Si à l’horizon de 2020, nous parvenons à avoir 60 équipes très actives, on aura ce potentiel médiatique.

cultureSPORT : D’où viennent principalement les équipes, comment peuvent-elles se former et surtout être financées ? Êtes-vous seulement des bénévoles, des passionnés ?
Baptiste Julien Blandet : Pour le moment, le Quidditch est un sport naissant, donc amateur. Personne n’en vit. Ce sont les joueurs qui financent tout ou presque. Il y a près de 40 équipes en France, mais seules une quinzaine sont organisées pour s’affronter en compétition. Les autres organisent des entraînements ou matchs amicaux ponctuellement. Il y a une forte présence des équipes dans l’Ouest et le Nord de la France. Mais les choses se rééquilibrent dans l’Est ou dans le Sud-Ouest. Le Sud-Est est la partie où il y a peu ou pas d’équipes même en mode très décontractée. Pour se former, les équipes peuvent faire appel à la Fédération du Quidditch Français. Les informations de base sont disponibles sur quidditch.fr, mais un suivi peut être effectué à la demande, par notre pôle dédié au développement des équipes. La « FQF » organise également des stages de formations pour devenir arbitre ou porteur de vif d’or. Oui, nous sommes des bénévoles et nous développons ce sport par la force de notre passion.

« Le ministère connaît notre existence et nous voulons diffuser nos valeurs : mixité, ouverture d’esprit, entraide. »

cultureSPORT : Pensez-vous qu’a terme le Quidditch peut être vraiment représenté au niveau olympique comme un sport issu d’une fiction ? Ont-ils connaissance de votre organisation pour que vous ne dépendiez pas seulement de crowfunding ?
Baptiste Julien Blandet : Le ministère connaît notre existence. Dans les mois qui viennent nous devrions être en mesure de demander un agrément qui fera du Quidditch un sport officiel en France. Dès lors, beaucoup de choses vont être plus faciles. On peut imaginer être aux JO mais cela n’est pas dans un horizon de 20 ans. D’ici là, les Jeux du Commonwealth ou les Jeux Mondiaux auront intégré le Quidditch. Surtout, nous pourrons trouver des sponsors qui auront envie de nous accompagner et d’associer leur image au Quidditch. Et la richesse des valeurs véhiculées par le Quidditch offre une belle vitrine : la mixité, l’ouverture d’esprit et l’entraide.

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« Les Anglo-Saxons n’ont pas peur des échecs. En France, il faut d’abord du succès pour être soutenu : c’est formateur mais démotivant. »

cultureSPORT : Pensez-vous que le Quidditch en France manque encore de crédibilité par rapport aux pays Anglo-Saxons ? Quels peuvent être vos prochaines actions ?
Baptiste Julien Blandet : Les Anglo-Saxons sont plus ouverts et donnent plus facilement à la mise en route de projets. Ils n’ont pas peur des échecs. Les Universités accompagnent et encouragent leurs étudiants dans de telles initiatives. Elles ont raison. Les jeunes y puisent des réflexes et des acquis forts utiles et précieux pour le reste de leur vie. En France, le succès doit déjà être là pour qu’un projet puisse avoir un soutien. Avant, il faut bricoler, se débrouiller. C’est tout aussi formateur, mais hyper démotivant car les choses prennent deux ou trois fois plus de temps. Cela étant, on avance, après une Coupe de France, un championnat devrait voir le jour au printemps 2017 et nous développons des actions de formations pour professionnaliser les clubs et les pérenniser.
cultureSPORT : Vous savez que la réalité virtuelle à toute sa place dans le monde, pour PokémonGo par exemple, quel serait votre sentiment si un HarryPotterGo se mettait en place ?
Baptiste Julien Blandet : Si l’application va plus loin que PokémonGo et que l’on détecte des personnes à côté de soi pour jouer virtuellement au Quidditch, ça serait vraiment génial. Je pense que cela deviendrait un phénomène de folie ! Ce serait aussi un bon moyen d’expliquer le Quidditch.

« Il est possible de créer son équipe en quelques jours, la fédération apporte son aide. »

cultureSPORT : Quelle qualification existe-t-il pour devenir arbitre de Quidditch au regard des stages qui sont mis en place ?
Baptiste Julien Blandet :  Il y a un examen à valeur mondial. Il est fondé sur un QCM. Nos stages visent à mettre en pratique cet examen, apprendre à appliquer les règles, savoir dire s’il y a une faute ou pas… En France, nous manquons d’arbitres et ces stages visent à créer les vocations, aider ceux qui ont déjà l’examen à avoir confiance en eux, gagner en expérience. Nous souhaitons être aussi bons en arbitrage que sur le terrain de jeu.

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cultureSPORT : Enfin, vos objectifs pour la saison 16-17 tout simplement, votre message à ceux qui voudraient tenter le Quidditch ou qui doutent de sa pertinence ?
Baptiste Julien Blandet : Avant de juger, il faut toujours essayer. Et en général, rares sont les personnes qui ne modifient pas leur regard après un essai. C’est un sport à part entière. Il est très facile de se lancer. La Fédération donne une vraie chance à tous ceux qui veulent créer leur équipe en quelques jours. Ceci est possible avec notre dispositif de section au sein de la fédération, qui permet de développer une équipe sans attendre de déposer des statuts à la préfecture, par exemple.
Lexique magique : Dans les films Harry Potter, le Souafle est une balle ronde assez souple que les poursuiveurs de chaque équipe dans les anneaux des buts adverses. Le Cognard est une balle ensorcelée propulsée par les batteurs de chaque équipe pour blesser gravement le porteur du souafle ou l’attrapeur. Le vif d’Or est une balle dorée, très rapide qui rapporte 150 points à l’équipe qui s’en empare par le biais de l’attrapeur, doté de très bons réflexes.

Propos recueillis par Pierre-Alexandre Carré (@carr_pierre64)
Crédits photos : Armand Cosseron, page Facebook officielle de la Fédération française de Quidditch
Lien utile : Fédération Française de Quidditch

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