Un « purple spleen », syndrome d’un BO défait et baigné dans le chagrin

RUGBY. Le chanteur Prince aurait pu trouver un autre couplet à sa fameuse chanson mélancolique « Purple Rain » en regardant le match hier soir à Aguiléra, parmi 5837 spectateurs. Pour cette 3ème journée de Pro D2, le Biarritz Olympique reçoit l’autre promu Soyaux-Angoulême tout de violet et blanc vêtus. Les deux clubs, aux trajectoires différentes la semaine dernière ont besoin avant tout de se rassurer. Comme un hommage à leur speaker historique disparu  Jean-Louis Berho, les rouge et blanc viennent avec l’envie d’engranger un maximum de points à domicile. Il faut néanmoins compter  sur la défense de fer et les attaques tranchantes des Charentais pour installer le doute chez les locaux. Un diagnostic qui s’avère sans appel et qui plonge Biarritz dans la morosité : une défaite 20-21 et le début du « purple spleen ».

19h50, le temps est couvert et frais la pluie qui a secoué la journée d’hier s’est arrêtée pour laisser place à un temps sec et la promesse d’un beau match de rugby. La température est fraîche en comparaison des derniers jours  (19°C). L’ambiance au stade semble morose, une voix habituelle qui s’élève avant chaque match n’est plus. Le président du BOPB, Nicolas Brusque prend avec émotion la parole au centre du terrain pour rendre hommage à « celui qui pendant 33 ans a été le supporter numéro 1 du B.O ». Les actions et potentiels marqueurs seront simplement annoncés sur écran géant et il n’y a pas d’autres animations.

Pour la première mi-temps, le B.O jouera à gauche du terrain et les Charentais à droite. C’est l’ouvreur italien d’Angoulême Davide Duca qui tape le coup d’envoi le long de la ligne de touche dans les 22 mètres du Biarritz Olympique d’un ballon haut et profond, capté par l’arrière Kylan Hamdaoui qui renverse vite au centre du terrain toujours dans son camp. Un ballon gardé dès 30 secondes de jeu offre la première pénalité à l’arrière adverse Jean Ric-Lombard –espoir venu de Clermont-. A 10 mètres dans l’axe, Angoulême ouvre le score (0-3).

« Le B.O souffre toujours de ses imprécisions à la main. Fabien Fortassin, lui, est moins tranchant »

A la deuxième minute, Fabien Fortassin habituellement précis effectue un renvoi haut et trop long sur la ligne des 40 mètres d’Angoulême qui terminera directement en touche par une mêlée au centre du terrain. Les violets charentais poussent correctement et combinent vite. On remarque déjà la mise en place d’un schéma classique de jeu : le demi de mêlée Clément Briscadieu – ex-Mont de Marsan – introduit, le numéro 8, Marlon Solofuti – ex-Pau – extirpe la balle qui transmet à son numéro 12, Baptiste Cariat – ex-Auch – pour mettre de la vitesse et qui alterne ensuite avec la puissance d’un troisième ligne Sébastien Laulhe et du deuxième ligne Andries Kruger.

Le numéro 4, perdra la balle ce qui donnera l’occasion à Hamdaoui, de pouvoir relancer mais sans trop d’espaces. Le deuxième ligne Jean-Baptiste Singer et Bertrand Guiry se heurtent à une défense charentaise solidaire, bien regroupée. Clément Briscadieu, le numéro 9 des visiteurs est l’auteur d’une bonne montée défensive sur Charles Gimenez qui peut tout de même transmettre à l’ailier revenant Saimoni Vaka qui tape un coup de pied rasant le long de la ligne des 10 mètres côté Angoulême. Ledua Mau, son vis-à-vis dégage comme il peut sur ses 18 mètres en touche. Pour les touches, les combinaisons sont quasiment celles observées lors des matchs amicaux. Elvis Levi qui est choisi pour assurer les lancers, transmet à Guiry, troisième ligne en premier bloc de saut, ou à Sikeli Nabou, deuxième ligne qui usera de sa grande taille pour se défaire de nombreux placages.

« Ayestaran, Bolakoro, des anciens biarrots à la manœuvre »

Jusqu’à la 10ème, Soyaux-Angoulême combine avec culot pour tenter de mettre à mal la défense biarrote. Pour cela, le jeu passera par un ancien du club rouge et blanc, Illikena Bolakoro, ailier droit, fidjien de 28 ans, passé aussi par Colomiers. On retrouve dans l’action : le talonneur Le Guen, le deuxième ligne Lebas, le centre Cariat jusqu’à ce que Duca, l’ouvreur tape astucieusement sur l’aile côté droit dans les 22 mètres pour Bolakoro qui ne peut aller plus loin. Maxime Lucu, en bon capitaine et demi de mêlée local se montre dangereux dès le premier ballon récupéré sur une chandelle trop profonde de Duca (8ème) Hamdaoui, l’arrière biarrot, auteur d’une bonne relance sur la ligne médiane et plaqué en l’air et à la touche sur les 40 mètres charentais, le troisième ligne aile Felipe Manu commet un avant.

Que d’occasions dangereuses vendangées par le Biarritz Olympique qui avec volonté veut relancer tous azimuts comme les visiteurs mais celles-ci sont toujours entachées d’une incompréhension ou d’une faute de main. Fortassin tentera encore par deux fois le coup de pied dans l’intervalle dans le dos des centres Cariat et Riva après une bonne percée de 30 mètres dans l’axe de Charles Gimenez. Saimoni Vaka suivra le coup de pied mais c’est encore Bolakoro pour Angoulême qui défend seul. Après les premières minutes teintées de relance aux quatre coins du terrain, avec la fatigue, on revient à de l’affrontement physique soit par des mêlées ou des départs côtés fermés.

Pour les départs en puissance, les locaux misent sur quelques ingrédients : d’abord la puissance du numéro 8 fidjien Némia Soqueta, aidé dans le mouvement par toute sa première ligne et son deuxième ligne Singer. Maxime Lucu remplit son rôle d’organisateur du jeu au près mais là encore Soyaux-Angoulême est adepte du placage à deux : un plaqueur, un assistant plaqueur qui se charge de « contester le ballon » et de glaner alors une pénalité.

« La précision au pied de Ric et des avants, au contest permanent, une des clés du match »

– Entre la 20ème et 30ème – on assiste à un jeu sur courant alternatif. Fortassin met souvent la ligne arrière d’Angoulême dans d’excellentes dispositions pour pouvoir relancer, par un jeu haut mais trop profond. Le culot charentais pousse l’arrière Jean Ric à relancer depuis ses 22 mètres, pour transmettre à son numéro 8, Marlon Solofuti qui donne à son talonneur Le Guen qui remet intérieur pour son troisième ligne Sébastien Laulhe qui perce de 50 mètres comme un ailier…. avant d’être plaqué haut par le même Fortassin. Ric aggrave le score à 0-6.

Le « contest » tout terrain de Soyaux perturbe les esprits des locaux, et c’est l’activité impressionnante du talonneur Le Guen qui permet au pied de Davide Duca (essentiellement sur pénalités longue distance) de porter le score à 0-9. Le promu effectue pour l’instant un 3/3 ! Un ballon gardé au sol dans les 22 mètres des visiteurs permet à Fortassin d’ouvrir le compteur (3-9). On croit alors les Biarrots sur la voie de la rédemption et ce sont toujours ces quelques fautes de main qui annihilent de bonnes situations. Saimoni Vaka, en bonne forme et se proposant souvent sur les extérieurs, se précipite en volleyant les ballons qui finissent en touche, en en-avant. Alors Soyaux, avec un schéma de jeu simple s’en sort remarquablement, à la limite de la rupture, par des mêlées en leur faveur depuis leurs 25 mètres. Nabou, Singer sont toujours à la manœuvre pour faire sauter le verrou violet et il faut une autre faute d’anti-jeu et de lucidité de Leo Halavatau –ex-pilier London Irish- sur Elvis Levi pour que Fortassin, des 35 mètres à droite ajoute 3 points (6-9).

La volonté des Charentais est vraiment caractérisée par Le Guen et Laulhe, à la course, aux placages et à la formation de mauls. Un soutien se mettant à la faute permet même à Fortassin de pouvoir égaliser avant la mi-temps, pourtant bien partie, cette pénalité des 39 mètres à droite échouera vers l’extérieur.

« Saimoni Vaka revient en forme. Manu, Soqueta, Singer sont des garanties de puissance. Il faut être patients et disciplinés »

– Mi-temps et dernière possession – Mêlée biarrote dans leur camp. On tente de combiner entre Fortassin, Vaka et SoquetaClément Briscadieu parait hors-jeu et c’est sur cette dernière faute probable que la mi-temps est sifflée.

En deuxième mi-temps, le remarqué numéro 8 Felipe Manu décide d’enclencher la marche avant d’user la défense de Soyaux. Après un renvoi haut vers les 39 mètres visiteurs côté droit et une mêlée stable dirigée par Maxime Lucu, celui-ci part au ras et à la 44ème, le Biarritz Olympique prend le score (13-9).

Pour Soyaux, c’est Jean Ric qui prend les commandes à l’ouverture pour faire entrer Guillaume Lafforgue à l’arrière. Un renvoi haut de sa part depuis ses 22 mètres permet à Hamdaoui de jouer main à main avec Vaka, Lucu et Fortassin. Mais le ballon est encore recupéré par Solofuti qui peut lancer le contre par Ric, Bolakoro et Laulhe. Dès 37 mètres décalés à gauche, Jean Ric permet à son équipe de recoller au score (13-12).

On mise sur Manu pour continuer à percer dans l’axe du terrain dans les 34 mètres de Soyaux. Singer suit encore et Fortassin feinte la passe intérieure pour Adriu Delai qui casse le placage pour aller à l’essai (20-12).

A la 53ème, Soyaux joue main à main, le soutien très proche du porteur de balle pour progresser jusque dans les 22 mètres biarrots. Laulhe, Briscadieu sont encore les instigateurs d’une bonne action. Synaeghel, le pilier biarrot est coupable d’un hors-jeu. Briscadieu a apporté toute sa vivacité une bonne partie du match, il est remplacé par Adrien Ayestaran –espoir formé à Biarritz- qui dirige sa première mêlée dans les 22 mètres locaux. « Le pack » visiteur est conquérant et met au supplice son vis-à-vis. Le ballon est encore éjecté par Solofuti qui joue avec Paulin Riva –espoir formé à l’UBB-, Bolakoro et Ayestaran qui tape un judicieux par-dessus près des 5 mètres pour accentuer encore la pression. Soyaux par orgueil voit sa mêlée châtiée en retour par les locaux et permet à Fortassin de dégager sur ses 36 mètres en touche.

Elvis Levi laisse sa place à l’expérimenté Roumieu qui alerte Sikeli Nabou en deuxième bloc de saut. Le ballon est sorti, Fortassin peut trouver une nouvelle touche dans les 22 mètres charentais. Roumieu insiste au niveau des lancers sur Nabou mais c’est une action qui ne donnera rien. Bruno Mercanti en remplacement de Le Guen, est l’auteur de bons lancers. Lors des 15 dernières minutes, Ric a vraiment pris le jeu à son compte et Ayestaran l’a suivi les yeux fermés. Une nouvelle mêlée mise à mal par Soyaux et Jean Ric poursuit sa balade, des 46 mètres dans l’axe Soyaux revient à 20-15.

« Pour Soyaux, plier n’est pas rompre. Un jeu presque à l’anglaise où on y croit jusqu’à la dernière minute pour marquer des points »

On peut le dire le promu est celui qui joue sans complexe et cela s’est vu dès les premières minutes de jeu. Ils assument un tempo élevé de relance puis accusent un creux de fatigue de 10 minutes avant de partir au vestiaire à la mi-temps sans trop de points dans l’escarcelle. Puis en deuxième mi-temps, on réorganise le tout. Ric supplée Duca dans sa quête de points au pied, on fait rentrer de jeunes prometteurs et quelques avants puissants. Un cocktail détonnant.

Alexandre Loustaunau, demi de mêlée espoir biarrot a tenté de mettre de la vitesse et de franchir seul (3) quand Richard Aho –pilier venu de Lille- ne le cible pas de placage appuyé pour lui faire perdre la balle (3). Les renvois hauts de Fortassin et les coups de pieds de dégagement de Hamdaoui sont des offrandes que Lafforgue, Riva, Cariat, Bolakoro mettent à profit lors d’une action éclair depuis leurs 22 mètres (68ème). Une faute sur le côté du regroupement à la 73ème permet à Jean Ric à 5 mètres de la ligne des 22, décalé sur la droite de porter le score à 20-21. A la 80ème, la dernière mêlée et presque 70 mètres à remonter pour les Biarrots se conclue par un en-avant malheureux d’Alban Placines. Soyaux-Angoulême remporte donc le premier succès retentissant de son ère professionnelle.

La semaine prochaine, Biarritz se déplacera du côté d’Armandie à Agen tandis qu’Angoulême recevra Béziers. A eux,maintenant d’être de « roc et de feu » et de chasser la morosité ambiante.

Article réalisé par Pierre-Alexandre Carré (@carr_pierre64)
Crédits photos : Pierre-Alexandre Carré/cultureSPORT

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