Flandre-Wallonie : un cyclisme à deux vitesses

Comme chaque saison, Liège-Bastogne-Liège a fermé le rideau des classiques printanières. Sur les onze joutes d’un jour recensées dans le calendrier World Tour, sept d’entre elles battent le pavillon belge. Une juste récompense diront certains admiratifs de la ferveur populaire aux odeurs de frites et de bières.  Pourtant, tout le pays n’est pas forcément conquis par la petite reine. Si la Flandre s’amuse à agiter ses drapeaux jaunes ornés du lion aux abords du Vieux Kwaremont, l’enthousiasme des Wallons n’est pas égal lorsque le peloton arpente les raidards ardennais. cultureSPORT, qui a mené l’enquête, profite du Tour de Belgique (qui se termine demain), pour comprendre d’où provient ce clivage. 
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Il y a foule au fan-club de Philippe Gilbert. Crédit : Julien Detroz/cultureSPORT.

Sur les sept épreuves printanières issues du World Tour, seules deux sont courues dans le sud du pays : la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège. L’une profite du Mur de Huy pour offrir le kilomètre le plus intense de l’année tandis que l’autre se targue d’être la Doyenne des classiques pour assurer sa grandeur aux yeux des suiveurs. Ces deux courses wallonnes ont de quoi rendre fier les locaux. Pourtant, lorsque l’on escalade le Mur de Huy, en prélude des professionnels, c’est plutôt la langue de Vondel qui résonne dans ce stade à ciel ouvert. La cité mosane n’est pas très éloignée de la Flandre, il est donc aisé pour les Néerlandophone de faire le bond de l’autre côté de la frontière linguistique. Le constat est le même, tout au long de la Redoute. Comme si les Flamands n’avaient pas assez profité des nombreuses épreuves martyrisant le pavé entre le Mur de Grammont et le Paterberg. Comme si les Wallons n’en avaient que faire de leurs épreuves, bien souvent ennuyeuses parce que trop prévisibles, au contraire d’un Tour des Flandres où il se passe toujours quelque chose à n’importe quel moment.

Mentalité diamétralement opposée

Faut-il chercher dans la physionomie de course une réponse à ce déséquilibre populaire ? Non, pas forcément, puisque le Flamand ne rechigne pas à faire les trajets jusqu’à Ans pour assister au triomphe de Valverde. Il faut plutôt creuser dans la mentalité. Elle est diamétralement opposée. Il suffit d’observer le déplacement des citadins. À Liège ou Charleroi, voir un cycliste déambuler relève de l’exploit. Par contre, que l’on soit à Bruges ou à Anvers, le piéton n’existe pas. D’ailleurs, les pistes cyclables foisonnent en tous sens. Et même dans la campagne. Il peut dracher – pleuvoir fortement, en Belge, une fois – la neige peut recouvrir le plateau flandrien, les vélos circuleront toujours. En Flandre, le cyclisme est une religion. « Nous, on ne va pas en boîte pour faire la fête. On va aux courses et aux cross ! », lance une supportrice néerlandophone arborant un maillot Quick-Step, sur la rampe hutoise. Les regroupements cyclistes sont souvent synonymes de célébrations, en atteste le chapiteau gigantesque érigé aux abords du Vieux Kwaremont à l’occasion du Tour des Flandres. Le Wallon, lui, est moins fanatique. La preuve avec le forfait regrettable de Philippe Gilbert pour les deux dernières classiques. Son fan-club, organisant la traditionnelle fête dans la Redoute avait d’abord réagi en annulant l’événement, avant de revenir sur sa décision. « Nous avons pensé aux amateurs de vélo », expose Christian Gilbert, frère du récent vainqueur du Ronde et organisateur. « Par conséquent, nous avons décidé de retirer uniquement le bal du samedi soir ». Un rendez-vous prisé par les locaux, avides de chants aux louanges du champion local.

« Nous remettrons les bouchées doubles »

Le dimanche 23 avril, ce sont, finalement, deux simples téléviseurs qui ont fait office d’écran géant, dans la zone la plus prisée des spectateurs de Liège-Bastogne-Liège. Un désastre populaire, le tout dans une tonnelle remplaçant le traditionnel chapiteau. « J’avoue que cette édition ne répond pas à la grandeur de l’événement », regrette Christian Gilbert. « Mais je vous promets que nous remettrons les bouchées doubles dès l’an prochain. » Et lorsqu’on évoque la retraite à moyen terme de son champion de frère, catalyseur de l’engouement local, le promoteur se laisse prometteur. « En début de semaine, j’ai déjeuné avec Christian Prudhomme, à ce sujet », expose-t-il. « Nous essayerons de poursuivre l’événement, malgré l’absence de Philippe. Et pour y parvenir tout est possible, y compris un partenariat avec ASO, comme le fait Flanders Classic pour la fête à Kwaremont sur le Tour des Flandres. » La Redoute en aurait bien besoin, elle qui souffre – chaque année un peu plus – de l’abandon des Wallons pour l’un des plus grands rendez-vous sportifs de l’année.

Julien Detroz (@juliendetroz)

About Julien Detroz

Conseiller de rédaction Culture Sport Journaliste Culture Sport cyclisme Journaliste en cyclisme Sudpresse Journaliste sportif La Meuse Namur Journaliste sportif MAtélé Facebook: Julien Detroz Twitter: @juliendetroz Admirateur de Rodrigo Beenkens. Affamé de sport et fervent suiveur du cyclisme. Journaliste qui n'hésite pas à mouiller le maillot, sur un vélo. Croque la vie à pleine dent. « Fais de ta vie un rêve et d'un rêve, une réalité. »

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