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Henri Rébujent : « La formule est bonne, on verra les résultats dès Tokyo »

Au lendemain des Mondiaux paracyclistes (résultats disponibles en fin d’interview), rencontre avec Henri Rébujent, le responsable du pôle espoir basé à Urt.

Henri Rébujent avec Damien Debeaupuits. Crédit photo : Céline Aujard/Urt Vélo 64.

Ancien militaire, Henri Rébujent, grièvement blessé il y a une dizaine d’année, a gardé des séquelles à une jambe. Après avoir débuté le handisport il y a huit ans, il est devenu champion de France du contre-la-montre en 2012 (catégorie MC4). Depuis deux ans, il est le responsable du pôle espoir de paracyclisme.


cultureSPORT : En quoi consiste concrètement ce pôle espoir paracycliste ?

Henri Rébujent : Son fonctionnement est assez atypique. Un pôle traditionnel, qu’il soit valide ou handisport, est souvent rattaché à une structure comme un CREPS, avec des moyens sur place (médicaux, structures d’entraînement, restauration, hébergements). Nous, nous n’avions pas ces moyens sur le Pays basque. Mais comme il y avait une réelle volonté fédérale que le pôle se situe ici et particulièrement autour du club d’Urt Vélo 64, il a fallu trouver une solution pour que cette structure puisse naître. On a choisi de louer une maison et de vivre en autonomie. Au début c’était un challenge mais après trois ans d’existence, on s’est aperçu que nous étions dans le vrai. Ce pôle permet aux jeunes d’être responsabilisés. Ils prennent conscience des difficultés de la vie quotidienne. Toutes les taches sont collectives (préparation des repas, les lessives, le ménage). Nous ne bénéficions d’aucune aide extérieure. Seul le staff du pôle est là pour les soutenir et les aider. Toutefois, il y a un gros avantage par rapport aux structures traditionnelles : un vrai esprit d’équipe, de famille, se dégage. Nos jeunes sont beaucoup plus solidaires. Certes, il y a des soucis que l’on peut rencontrer comme dans n’importe quel petit groupe, mais ils s’entraident et ils se motivent.

cultureSPORT : Cette émulation se ressent-elle sur la route ?

Henri Rébujent : Oui, on s’aperçoit que les garçons s’évaluent aux entraînements. Quand il y a un qui n’a pas spécialement envie, il finit quand même par y aller. Il y a une véritable envie de ne rien rater, ne rien lâcher par rapport à l’autre.

Les coureurs et le staff du pôle espoir

Dorian Foulon : 20 ans, catégorie C5. David Geslot : 25 ans, T1 (tricycle). Alexandre Leaute : 18 ans, C2. Noah Palud : 15 ans, C5. Théo Rocton : 18 ans, C2. Henri Rébujent : responsable pôle. Christophe Dizy et Ronan Guillon : entraîneurs.

cultureSPORT : Pouvez-vous nous présenter vos coureurs ?

Henri Rébujent : Avec la Fédération, nous nous étions fixés d’intégrer un jeune chaque année. Après cinq ans d’existence, cinq coureurs sont entrés au pôle. Nous sommes donc dans le timing et préparons actuellement les prochains Jeux Paralympiques. David Geslot et Dorian Foulon ont déjà montré qu’ils pouvaient remplir les critères pour être sélectionnés à Tokyo. Noah Palud et Théo Rocton, seront prêts pour Paris 2024. Alexandre Leauté, notre nouvelle recrue, dispose de très grandes qualités. Elles pourraient lui permettre de viser les Jeux dès l’an prochain. En tout, nous avons trois athlètes susceptibles d’être sélectionnés. Nous sommes proches de nos objectifs : donner à ces jeunes la possibilité d’éclore et d’arriver rapidement au haut niveau. Derrière, nous avons d’autres jeunes. Nous les avons détectés et déjà encadrés sur des stages. Ils sont, pour le moment, en attente parce qu’ils sont trop jeunes et pas encore arrivés à maturité. Ce réservoir est bon et intéressant. Je pense que la formule est bonne. On verra très vite les résultats dès Tokyo.

cultureSPORT : À l’instar de Dorian Foulon avec Arkea-Samsic, Alexandre Leauté est lui aussi soutenu par une formation appartenant au circuit Continental Pro. Comment s’est formalisé le partenariat avec Vital Concept-B&B Hotels ?

Henri Rébujent : Le pôle a fait une demande auprès de Vital Concept, qui est aussi le partenaire principal de Loudéac, le club d’origine de Alexandre. Patrice Etienne, PDG de Vital Concept, connaissait déjà Alexandre donc quand il a su qu’il rentrait au pôle et qu’on cherchait à contacter l’équipe, il nous a mis en relation directe avec Jérôme et Sébastien Pineau qui ont été emballés par le projet du jeune breton.

Henri Rébujent montre la voie à suivre à David Geslot. Crédit photo : Céline Aujard/Urt Vélo 64.

cultureSPORT : Quels ont été les derniers moyens mis en oeuvre pour que le paracyclisme puisse continuer son lent développement ?

Henri Rébujent : La commission paracycliste vient d’être réorganisée. Les responsabilités ont été réparties sur différentes personnes, le tout mené par Thierry Weissland, un homme d’expérience, qui connaît très bien les grands événements tels que les Jeux Paralympiques. Avec l’envie de développer la base, il sera une personne ressource très intéressante pour les athlètes. Dommage qu’on ait pris autant de retard pour monter une telle équipe.

cultureSPORT : Ces dernières années, de nombreuses équipes World Tour (*) ont créé leur branche féminine. Est-ce une utopie d’espérer la même chose pour le paracyclisme ?

Henri Rébujent : Aujourd’hui, quand un groupe sportif professionnel s’engage dans le handisport, c’est essentiellement pour une aide matérielle. Ils prêtent vélos et tenues. Certaines équipes invitent même des paracyclistes sur des stages qu’elles organisent. Cela leur permet de développer leurs entraînements et d’accélérer leur expérience. Mais ce n’est pas suffisant. Parce qu’ils portent les couleurs d’une équipe Continentale Pro, les gens pensent souvent que Dorian et Alexandre sont professionnels. Mais pas du tout. L’engagement fort serait d’intégrer des paracyclistes dans ces équipes. Sur certaines catégories, il n’y aurait pas de problèmes. Mais sur du handicap plus lourd, cela serait beaucoup plus compliqué. On imagine mal un tricycle se retrouver, tout seul, au milieu de personnes qui ne connaissent pas le handicap. Il faudrait qu’une tierce personne, qui connaisse bien ce milieu, s’en occupe à côté. Pour monter une structure paracycliste pro, comme nous avions pu le faire avec le Team Ose, il faudrait des moyens financiers donc des partenaires qui acceptent de s’engager. Le souci c’est que des partenaires, capables de mettre autant d’argent sur la table, demandent une certaine visibilité. Mais il n’y a pas d’images, à part tous les quatre ans, lors des Jeux Paralympiques. Il faudrait donc une alchimie entre ce qui se fait actuellement avec le cyclisme féminin, et qu’en parallèle, on développe, mais correctement, le paracyclisme. Le professionnalisme impliquerait d’avoir des compétiteurs sous contrat, etc. Mais on n’en est pas là.

cultureSPORT : Que manque-t-il réellement ?

Henri Rébujent : Une volonté des structures et une volonté médiatique. Le fait de voir, de temps en temps, des paracyclistes ouvrir des étapes du Tour de France, c’est bien, on montre que ça existe, mais ce n’est pas ça le développement. Cela ne va pas amener des licenciés supplémentaires. Il faut un véritable engagement financier et de vraies images des compétitions. Les Anglais l’ont très bien fait lors de la dernière Coupe du Monde, à Londres. Des épreuves handisports ont eu lieu au milieu des courses valides. Ça, c’est un super coup de projecteur. Sinon, ça ne sert à rien.

Les résultats des coureurs du pôle espoir lors des Mondiaux

Dorian Foulon (MC5)
Poursuite individuelle : 8ème 
Kilomètre : 5ème
Scratch : 5ème
Omnium (épreuve test) : 5ème
Vitesse par équipe (engagé avec deux féminines de l’équipe de France) : 12ème

Alexandre Leauté (MC2)
Poursuite individuelle : 11ème
Kilomètre : 6ème
Scratch : 12ème
Omnium (épreuve test) :5ème

(*) Astana, CCC, FDJ, Lotto-Soudal, Mitchelton-Scott, Movistar, Sunweb, Trek-Segafredo

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