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Martin Bustos Moyano : L’Aviron Bayonnais a eu son Messi

Voilà à peine un peu plus d’an, le 26 mai 2019, alors que la finale de Pro D2 mettait aux prises l’Aviron Bayonnais au CA Brive au stade du Hameau à Pau, l’Argentin Martin Bustos Moyano allait tirer sa révérence au club basque tout autant qu’à sa carrière dans le monde de l’Ovalie. Les supporters s’en souviennent encore. Grâce à son adresse et sa parfaite maîtrise du geste, l’arrière allait passer une pénalité décisive avec la sirène en fond sonore, offrant la victoire aux Bleu et Blanc (21-19) assortie d’une remontée au sein de l’élite.

Arrivé dans l’Hexagone à 25 ans, le natif de Córdoba (en Argentine) a fait ses armes en Top 14 sous les couleurs de Montpellier (entre 2010 et 2013) avec qui il disputa d’ailleurs en 2011 une finale du championnat de France face au Stade Toulousain.

Ce virtuose du ballon ovale, capable de jongler entre les postes d’ailier et d’arrière, a rejoint les bords de Nive en 2013. Il ne se doutait pas qu’il deviendrait en quelques matches la véritable coqueluche du public bayonnais, non sans raison. Martin Bustos Moyano joua en effet un rôle prépondérant lors des remontées de l’Aviron Bayonnais en 2016 et 2019.

Jeune retraité installé au Pays basque, le désormais ex-joueur revient pour cultureSPORT sur l’épopée et la remontée de l’Aviron Bayonnais, mais aussi sur son parcours et sa reconversion en cours.


cultureSPORT : Commençons par le début de votre épopée. Lorsque vous avez su que vous étiez qualifiés pour les phases finales et que vous deviez affronter Oyonnax en demi-finales, vous aviez forcément la montée en Top 14 en tête ?

Martin Bustos Moyano : Disputer ces phases finales de Pro D2 était d’abord pour nous synonyme de véritable récompense suite à notre belle saison 2018-2019. Nous étions ainsi convaincus qu’on avait une équipe compétitive qui avait prouvé, tout au long de la saison, qu’elle était capable de réaliser de grosses performances, malgré le fait qu’il était évident que, pour nous, notre adversaire (NDLR : Oyonnax), qui venait d’être relégué, avait, sur le papier, le statut de favori.

« Tu es chanceux de finir comme ça ! »

Antoine Battut à Martin Bustos Moyano

cultureSPORT : Vous rappelez-vous de votre état d’esprit à la mi-temps du match face à Oyonnax (le score était de 27-9 en faveur des Aindinois) ?

Martin Bustos Moyano : En rentrant aux vestiaires, nous nous sommes tous réunis autour de notre capitaine (NDLR : le troisième ligne aile Antoine Battut) et on s’est dit que si l’on voulait revenir au score, il fallait obligatoirement qu’on se libère de la pression et qu’on retrouve notre style de jeu qui nous avait permis de déstabiliser bon nombre d’adversaires.

cultureSPORT : Victorieux, l’Aviron Bayonnais accédait alors à la finale contre Brive, au stade du Hameau. Même question, vous rappelez-vous de votre état d’esprit ?

Martin Bustos Moyano : Bien que je sache que cela pouvait être mon dernier match, je ne ressentais pas de pression particulière. J’étais surtout ravi de faire partie du groupe et heureux de ne rien devoir à personne.

cultureSPORT : Racontez-nous votre finale…

Martin Bustos Moyano : Je suis rentré au bout de cinq minutes pour prendre temporairement la place de Romain Barthélémy, sorti sur protocole commotion, soit l’espace de quelques minutes. Je suis ensuite revenu sur le terrain vers la 60e minute. Lorsque l’arbitre a sifflé la pénalité décisive, je m’apprêtais à demander à Emmanuel Saubusse s’il souhaitait la tenter mais il s’est éloigné, signe qu’il me laissait à l’oeuvre.

La délivrance des Bayonnais au coup de sifflet final. Crédit photo : L’Équipe.

cultureSPORT : Comment avez-vous abordé ce temps de jeu si spécial ?

Martin Bustos Moyano : Durant ma carrière, j’avais déjà connu ce genre de situation : celle d’avoir la victoire au bout du pied (NDLR : en 2011, lorsqu’il était à Montpellier face au Racing Métro en demi-finale de Top 14 et avec l’Aviron Bayonnais contre Castres lors de la saison 2014-2015). Grâce à ces moments, j’ai acquis de l’expérience. Cela m’a forcément aidé à gérer ces instants si particuliers. Toutefois, je n’ai pas modifié mes habitudes car il faut éviter à tout prix de changer ses gestes usuels : c’est la pire des choses à faire !

cultureSPORT : On a l’impression que dès le ballon était parti, vous saviez qu’il allait passer entre les poteaux : vous le confirmez ?

Martin Bustos Moyano : Cela fait plus de dix ans que je bute et que je devine selon le bruit de ballon, s’il se dirige ou pas vers les poteaux. Ce jour-là, j’ai senti que la direction était la bonne.

cultureSPORT : Au coup de sifflet final, comment étiez-vous ? Heureux, j’imagine…

Martin Bustos Moyano : À la fin du match, j’étais en effet particulièrement comblé. Je ne regrettais en aucun cas d’achever ma carrière de cette manière. Comme me l’avait résumé Antoine Battut durant le trajet retour : « tu es chanceux de finir comme ça ! ».

La saison 2018-2019 fut très particulière pour moi

Martin Bustos Moyano

cultureSPORT : Vous avez joué au football. Pensez-vous que ce passé de footballeur vous a aidé à vous construire en tant que buteur?

Martin Bustos Moyano : J’en suis convaincu ! Le fait d’avoir côtoyé le monde du ballon rond jusqu’à mes 14 ans m’a certainement aidé pour le jeu au pied. Je dois aussi rajouter que la pratique du golf a contribué à ce que je perfectionne mes gestes et mon adresse.

cultureSPORT : Comment vous entraîniez-vous à Bayonne ?

Martin Bustos Moyano : Lors de mon passage à l’Aviron Bayonnais (NDLR: de 2013 à 2019), je m’entraînais au jeu au pied pendant environ 35 minutes après chaque séance collective en compagnie des autres buteurs et sous les conseils de Vincent Etcheto. Il organisait généralement des concours entre tous les buteurs pour rendre les séances plus ludiques.

cultureSPORT : Quand avez-vous appris que vous n’alliez pas être conservé dans l’effectif ? Ce fut une surprise ou vous vous y attendiez?

Martin Bustos Moyano : La non-reconduction de mon contrat ne fut pas vraiment une surprise. Des raisons administratives m’ont en effet éloigné des pelouses pendant près de deux mois car dans mon contrat, une clause stipulait la reconduction automatique de contrat d’un an supplémentaire si je disputais plus de quinze rencontres. Or, au fil des matchs et de ma mise à l’écart, je devinais que le club ne souhaitait pas me conserver l’année suivante. Toutefois, vers la fin de saison, on m’a proposé un poste d’entraîneur des buteurs, mais j’ai refusé : je n’étais pas intéressé par ce type de fonction.

Martin Bustos Moyano a joué au rugby pendant dix ans en France. Crédit photo : site de l’Aviron Bayonnais rugby pro.

cultureSPORT : Avez-vous eu du mal à arrêter ?

Martin Bustos Moyano : Je dois avouer que le rugby ne me manque pas du tout. D’ailleurs, je ne le regarde pas forcément et depuis la célébration du titre de champion de Pro D2, je ne suis toujours pas retourné à Jean-Dauger.

cultureSPORT : Que faites-vous maintenant ?

Martin Bustos Moyano : Avant toute chose, le fait d’avoir quitté le rugby me permet de passer plus de temps avec ma famille. Après plusieurs saisons à l’Aviron Bayonnais, j’ai pourtant souhaité poser mes valises au Pays basque car je m’y plais énormément. Avec la mer et la montagne très proche, la qualité de vie y est exceptionnelle. Quant à ma reconversion, je viens de décrocher mon diplôme de business (sic). Je m’informe ainsi tous les jours des cours de la bourse. Je travaille également sur des projets de construction en Argentine. Je souhaiterais également devenir avocat.

cultureSPORT : Qu’avez-vous pensé de la saison 2019-2020 de l’Aviron ?

Martin Bustos Moyano : Ayant passé de nombreuses saisons en Top 14, je sais qu’un championnat est très compétitif et éprouvant. Mais grâce à la qualité de ses jeunes joueurs, l’équipe a véhiculé une image très positive et a su vaincre les meilleures formations. Je tiens à les féliciter pour la saison qu’ils ont effectuée, d’autant qu’ils ont fini en beauté avec cette victoire contre le Stade Toulousain (NDLR : victoire 20 à 10 en février dernier, pour le compte de la 17e journée).

cultureSPORT : Pour finir, est-ce imaginable selon vous de disputer des rencontres en huis clos, soit sans public ?

Martin Bustos Moyano : Cela serait très bizarre, surtout à Bayonne où le public de Jean-Dauger joue un véritable rôle de 16e homme. C’est certain que cette situation ferait clairement défaut à l’Aviron Bayonnais. Toutefois, si c’est la seule solution envisageable pour que le Top 14 redémarre, les joueurs devront s’adapter.


En quelques mots….

Le meilleur moment de votre carrière ?

Martin Bustos Moyano : Ma première sélection avec l’équipe nationale argentine face au Springboks d’Afrique du Sud en août 2008.

Le moment le plus difficile ?

Martin Bustos Moyano : Ma non-convocation pour la tournée contre les Barbarians en juin 2011 suite à une blessure lors de la finale de Top 14, alors que j’évoluais à Montpellier.

Votre plus grand regret ?

Martin Bustos Moyano : Ne pas avoir pu disputer de Coupe du Monde avec la sélection argentine.

Propos recueillis par Bixente Gorostegui (@GorosteguiB). Crédit photo de la une : Icon Sport.

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