Cyclisme Interviews

Cyril Barthe : « J’ai décidé d’aller dans un cocon »

C’est un des espoirs du cyclisme français. Champion national chez les espoirs l’an passé, Cyril Barthe, licencié à l’Aviron Bayonnais, a dû se résoudre à quitter Euskadi-Murias qui va officiellement disparaître dans un mois. Après avoir étudié quelques propositions verbales, il a fait son choix. À compter du 1er janvier, le Béarnais défendra les couleurs de B&B Hotels-Vital Concept.

cultureSPORT : Avant d’aborder ta carrière professionnelle, faisons un petit flash-back sur ta période chez les amateurs. En décrochant le titre de champion d’Aquitaine en 2017, tu as confirmé ta montée en puissance…

Cyril Barthe : En 2016, j’étais encore en BTS au lycée Cantau (NDLR : à Anglet). C’était vraiment difficile de jongler entre école et cyclisme. En revanche, 2017 a vraiment été l’année où je n’ai pu faire que du vélo. J’ai eu la chance d’avoir des parents compréhensifs. Ils m’ont laissé faire une année de vélo à temps plein. C’est comme cela que j’ai pu évoluer chez les amateurs. C’est avec un travail sérieux et rigoureux que j’ai réussi à décrocher ces résultats. Mes victoires sur le Tour du Portugal espoir (NDLR : deux étapes) et le titre de champion d’Aquitaine ont ensuite débouché sur un contrat de stagiaire chez Euskadi-Murias.

Crédit photo : compte Twitter de Cyril Barthe (@CyrilBarthe)

cultureSPORT : Quelques mois après ton passage chez les pros (en janvier 2018), tu as été sacré champion de France espoir. Est-ce, pour le moment, ton plus beau souvenir ?

Cyril Barthe : En courant toute la saison chez les pros, j’ai pris de la confiance. Forcément, cela m’a permis de progresser et de m’aligner sur le championnat de France espoir que j’ai pu remporter. C’est une fierté. Bien évidemment, ce titre fait partie de mes meilleurs souvenirs. Toute ma famille avait fait le déplacement en Bretagne. Cela a été une récompense du travail acharné. Depuis, j’ai eu d’autres bons souvenirs comme sur la Clasica San Sebastian, l’an dernier, où j’ai pu m’échapper (NDLR : pendant près de 190 km, décrochant au passage le trophée de meilleur grimpeur), ou sur la Vuelta cette année.

cultureSPORT : Justement, courir un premier grand tour n’est jamais anodin. Qu’as-tu ressenti durant ces trois semaines et comment les as-tu gérées ?

Cyril Barthe : N’ayant jamais couru aussi longtemps, je ne savais pas réellement comment j’allais réagir. Mais tout s’est bien passé (NDLR : il a terminé huitième de la troisième étape, onzième le lendemain puis septième lors du douzième jour de course à Bilbao). Je n’ai pas eu de pépin, ne suis pas tombé, n’ai pas été malade, n’ai pas eu de gros coup de mou… J’ai donc pu profiter au maximum et prendre vraiment plaisir. C’est une chance. J’ai bien terminé physiquement et mentalement.

cultureSPORT : En plus, il y a eu ce petit crochet par Saint-Palais (point de départ de la onzième étape), ville qui est assez proche de Sauveterre-de-Béarn, d’où tu es originaire…

Cyril Barthe : Non seulement je faisais mon premier grand tour mais en plus je passais quasiment à la maison… Ç’a été énorme. Tous mes amis et ma famille étaient présents. Ils m’ont énormément encouragé. Ce sont des moments que je n’oublierai jamais. Ce n’est pas donné à tout le monde qu’un tour majeur ne parte de chez lui.

Crédit photo : compte Twitter de Cyril Barthe (@CyrilBarthe).

cultureSPORT : L’équipe Euskadi-Murias va donc s’arrêter le 31 décembre. Comment as-tu appris la nouvelle ? Ressens-tu une petite amertume ?

Cyril Barthe : Nous avons été plus ou moins avertis par Jon (NDLR : Odriozola), notre manager. Il a très bien fait les choses. On ne peut que le remercier de tout ce qu’il a fait. Lui et tout le staff ont énormément travaillé pour que cette équipe puisse voir le jour. Depuis, nous avons réussi à participer à deux Vuelta mais aussi à d’autres grandes courses comme la Flèche Wallonne (NDLR : Cyril a également été aligné sur deux autres épreuves World Tour : la Clasica San Sebastian et le Tour de Turquie). C’est vraiment dommage que l’aventure s’arrête comme cela.

cultureSPORT : Ces deux participations à la Vuelta ont été assorties d’un doublé (Oscar Rodriguez à la Camperona en 2018 et Mikel Iturria à Urdax en 2019). Cela démontrait que la formation Euskadi-Murias était compétitive…

Cyril Barthe : Effectivement. C’était une équipe très familiale. Comme tout le monde était content d’être là et qu’on s’entendait bien, on donnait le maximum. Je pense que cela a contribué à envoyer des ondes positives et à impulser une spirale positive. Ces deux victoires en deux participations, c’est tout simplement énorme. Cela a mis une ambiance de fou.

cultureSPORT : Tu as trouvé un point de chute chez B&B Hotels-Vital Concept. Comment s’est opéré ton transfert ? C’est Jérôme Pineau qui est entré en relation avec toi ?

Cyril Barthe : Oui, il m’a appelé à la mi-saison pour me présenter son projet. Cela s’est fait petit à petit. Il a su trouver les bons mots et j’ai tout de suite accroché. Quand j’ai su que Euskadi-Murias allait arrêter, j’ai décidé d’aller dans un cocon. Il m’en fallait un comme j’ai pu l’avoir en Espagne.

cultureSPORT : C’était l’argument premier ?

Cyril Barthe : Jérôme Pineau a été très à l’écoute. Lui aussi a été coureur. Il connaît ce que l’on pense et connaît très bien la mentalité d’un cycliste. C’est sûr que ça a joué dans mon choix. Il y a eu le bon feeling. Je pense ne pas m’être trompé. Je me suis senti soutenu. Mon principal objectif sera de poursuivre ma progression.

Crédit photo : page Facebook de Vital Concept-B&B Hotels.

cultureSPORT : « Les Men in Glaz » essayent, en vain, de participer au Tour de France. Après deux refus, est-ce qu’il y a moyen, selon toi, que la troisième tentative soit la bonne ? L’effectif se renforce chaque saison…

Cyril Barthe : Il y a de nouveaux règlements en plus… C’est un peu spécial. Mais oui, bien sûr que l’équipe a sa chance. Sans compter Bryan Coquard, qui a fait une très belle saison (NDLR : huit victoires dont une étape des Quatre Jours de Dunkerque, du Tour de Belgique et de l’Arctic Race of Norway), malheureusement, les principaux leaders ont eu des pépins. Entre les chutes et les virus, ils n’ont pas pu s’exprimer à leur meilleur niveau. Mais tout cela peut changer dès 2020.

cultureSPORT : Quel sera ton rôle très exactement ? Pourras-tu jouer ta carte de temps en temps ou devras-tu te mettre à la planche pour un de tes leaders ?

Cyril Barthe : Je vais forcément devoir m’y mettre. Il y a de grands noms : Bryan Coquard pour les sprints, Pierre Rolland en montagne… S’ils ne sont pas là et qu’on me donne une opportunité, ça sera à moi de la saisir. La saison est longue, il y a beaucoup de courses. Je pense qu’il y en aura pour tout le monde.

cultureSPORT : Connais-tu déjà une petite partie de ton calendrier ?

Cyril Barthe : Pas encore. On a (eu*) un premier stage de cohésion le 16 novembre. On risque d’en savoir un petit peu plus lors du vrai stage d’entraînement le 9 décembre. On sera bien aiguillé.

cultureSPORT : Comme tu es performant dans plusieurs domaines, on ne parvient pas à te classer dans une catégorie. Doit-on te considérer comme un coureur polyvalent ? Aimerais-tu te spécialiser à court ou moyen terme ?

Cyril Barthe : Même moi je ne sais pas trop à vrai dire (rires). Cette année, je ne me suis pas entraîné pour un domaine précis…

cultureSPORT : Tu n’as pas un domaine qui te fait plus envie qu’un autre ?

Cyril Barthe : Franchement non. Chez Euskadi-Murias, les entraînements étaient vraiment axés sur la montagne. C’est quelque chose que j’apprécie beaucoup. Je prends plaisir à grimper des cols tout comme je prends plaisir à aller frotter dans des sprints. Toutefois, je ne l’ai jamais travaillé. Je n’ai jamais fait de sprints ou d’exercices de punch lors de mes différentes séances. C’est quelque chose que je vais découvrir cette année avec des moyens d’entraînements différents, une méthode différente.

cultureSPORT : En terminant à la quinzième place des Quatre Jours de Dunkerque et des Boucles de la Mayenne, tu t’es hissé aux troisième et deuxième rangs du classement des espoirs. Gagner un maillot de meilleur jeune peut-il devenir un objectif ?

Cyril Barthe : Ce n’est pas forcément ce qui est le plus recherché. En revanche, le fait de pouvoir monter dans les classements ou de gagner une étape serait vraiment plus grandiose. Cela pourrait être envisageable si tout se passe bien, que la préparation est bonne et que le calendrier suit. On va croiser les doigts !

cultureSPORT : Que retiens-tu de cette saison 2019, avec notamment l’avènement d’une nouvelle génération, dont tu fais partie, qui est en train d’émerger ?

Cyril Barthe : Julian Alaphilippe a été énorme sur le Tour. Ses performances ont véritablement donné un petit coup de pouce au vélo français. Cela va donner envie à certains jeunes de faire du vélo et de l’imiter. Et puis il y a cette nouvelle génération qui est vraiment impressionnante avec Egan Bernal, Tadej Pogacar et Remco Evenepoel… Ce sont des surhommes !

Fiche d’identité

Prénom/nom : Cyril Barthe
Âge : 23 ans (né le 14 février 1996 à Sauveterre-de-Béarn)
Taille/poids : 69 kg/1m84
Profil : puncheur
Équipes : (amateurs) Fundación Euskadi (2015-août 2017) ; (stagiaire) Euskadi Basque Country-Murias (août-décembre 2017) ; (professionnels) Euskadi Basque Country-Murias (2018-2019), B&B Hotels-Vital Concept (dès 2020).
Palmarès : champion de France espoir, une étape du Trophée Joaquim-Agostinho (2018), deux étapes du Tour du Portugal espoirs, champion d’Aquitaine (2017)

(*) Propos recueillis par Nicolas Gréno (@nicolasgreno), le jeudi 7 novembre 2019. Crédit photo de la une : page Facebook de Vital Concept-B&B Hotels.

1 comment on “Cyril Barthe : « J’ai décidé d’aller dans un cocon »

  1. BOISSY Jean Luc

    Salut Cyril je suis Jean Luc Boissy je t’ai côtoyé hélas trop peu de temps à tes débuts quand tu étais cadet ,je me souviens qu’en tant qu’encadrant de ton énorme volonté de faire du vélo et de réussite je me souviens aussi combien ton père père croyait en toi et de tout son dévouement,voir son admiration à ton égard.(si tu lis ce commentaire passe lui le bonjour).
    Voilà ce qu’il me tenait à cœur de te dire et comme il y a des années je pense je t’ai un peu très modestement aidé j’ai le fort pressentiment que tu vas prendre le temps qu’il faut et que sur le tour tu vas t’éclater grave et me faire rêver.👍👊👏😉.

    Aimé par 1 personne

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