Matthieu Péché : « Les Jeux Olympiques sont un rêve de gosse »

Moins d’une semaine après l’interview de Marlène Harnois, médaillée de bronze en taekwondo, nous allons aujourd’hui à la rencontre de Matthieu Péché. Ce jeune céiste Français, âgé de vingt-quatre ans, a terminé, avec son acolyte de toujours, Gauthier Klauss, au pied du podium de l’épreuve de canoë biplace. Les deux Vosgiens ont donc eu moins de chance que la Québécoise naturalisée Française. Pour Culture Sport, ce Palois d’adoption revient sur sa première expérience Olympique. A peine les JO de Londres terminés, il nous confie avoir déjà les yeux rivés sur Rio.

Tout d’abord, quel bilan tirez-vous de vos premiers Jeux Olympiques ?
Pour nos premiers Jeux, ce fut une très belle expérience. Nous avions toutes les armes et tout mis en œuvre depuis trois ans pour être présents à ce moment là ! Les Jeux Olympiques sont un rêve de gosse. Tout ce que nous faisons tend vers les Jeux. Nos programmes sont pensés par Olympiades (quatre ans) et c’est sûr que cette quatrième place est très frustrante sur le coup. Nous comptions vraiment sur ce coup de projecteur pour avancer et être sereins pour notre avenir dans notre sport ! Car nous pratiquons un sport amateur. Nous avons encore le statut étudiant jusqu’à la fin de cette année. Nos parents nous aident financièrement et nous n’avons pas de cotisations retraite. Pas de revenus non plus…

Premiers des qualifications, troisièmes des demi-finales et quatrièmes en finale, vous devez vous contenter d’une médaille en chocolat. N’est-ce pas rageant pour des champions du Monde ? Avez-vous digéré depuis ? Les Britanniques Timothy Baillie et Etienne Stott, ont fait un petit hold-up non ? Quatrième des qualifs, sixièmes des demies, ils sont ensuite sacrés champions Olympiques…
Nous sommes champions du Monde par équipe, ce qui n’est pas la même chose que champions du Monde en individuel. La course par équipe (trois canoës biplaces) est plus « anecdotique ». Nous n’étions pas les favoris, plus les outsiders lors de ces JO. Mais en regardant les résultats, on le savait au départ, il y avait de la place pour nous sur le podium, surtout au vue des qualifs et des demies. Mais les Anglais ont fait leur course, LA course, et nous, nous finissons au pied du podium. Les champions Baillie et Stott font le « hold up », mais on savait que les Jeux sont une course d’un jour. Surtout dans notre sport où les facteurs aléatoires sont nombreux (mouvements des vagues, temps, vent, deux personnes dans le même bateau, etc).

Le bilan du canoë Français est extraordinaire ! Tony Estanguet et Emilie Fer ont ramené de Londres une médaille d’or chacun. C’est génial pour votre sport qui est hélas médiatisé, surtout, tous les quatre ans.
Il est vrai que le bilan du kayak Français est extraordinaire. Nous pouvons nous vanter car nous étions là. Mais j’aurais bien voulu revenir avec une médaille de plus pour notre sport !

Un petit mot sur ce grand champion qu’est Tony Estanguet ? Est-ce lui qui vous a fait venir à Pau pour vous entraîner et, du même coup, pour y faire vos études ?
Tony est un grand sportif extrêmement humble et très ouvert. Il est vrai que nous sommes descendus sur Pau car le bassin (d’eaux vives, ndlr) est le seul en France de niveau international. Nous savions aussi que les sélections Françaises allaient se jouer sur ce bassin ! Nous sommes donc descendus de nos Vosges natales pour s’entraîner sur ce bassin et continuer nos études à l’ESC Pau.

La semaine dernière, dans un reportage de Stade 2, nous avons pu voir qu’Emilie Fer allait peut être devoir mettre un terme à sa carrière si son employeur (le ministère de la Défense) ne reconduisait pas son contrat et donc pointer au chômage. Qu’en pensez-vous ?
Il est vrai que, comme Emilie, nous essayons maintenant de rebondir sur les Jeux pour trouver des financements ainsi qu’une situation pour pouvoir s’entraîner sereinement. C’est le gros point de retard que nous avons par rapport aux autres nations. Tous les canoës biplaces contre qui nous nous battions étaient professionnels. Nous avions les armes. Mais à Rio nous voulons gagner et cela se prépare dès maintenant !

Rio 2016… Avez-vous déjà la tête au Brésil ?
La route pour Rio commence en septembre (sourire).

Vous avez quasiment, les deux, les mêmes pages Wikipédia, vous êtes nés en 1987 à Epinal, vous avez fait vos études ensemble… Vous êtes presque comme deux frères non ? On imagine que tout cela aide pour la cohésion une fois sur l’eau.
Nous avons à peu près le même profil avec Gauthier. Nous nous connaissons depuis la tendre enfance. Nous avons commencé le kayak ensemble à sept ans et fait les mêmes études (Bac S, DUT Tech de Co à Nancy, Licence commerce international, commerce de gros, à Nancy toujours, et l’ESC Pau). Notre relation s’est faite naturellement. Il est vrai que c’était plus facile au niveau des entraînements et de l’emploi du temps !

Quel est votre programme à présent ?
La semaine dernière nous participions à la Coupe du Monde de Prague (lieu des championnats du Monde l’année prochaine) où nous avons fini seconds. C’est un résultat très inattendu car nous n’avions pas navigué depuis les Jeux. Cette semaine, nous sommes sur la Coupe du Monde de Bratislava (finale du circuit de la Coupe du Monde, il y en a cinq par saison). Après, c’est les vacances, suivront la programmation de la saison prochaine et la recherche de financements.

Crédit photos : AFP, Vosges Matin

About Nicolas Gréno

Créateur & rédac' @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l'UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

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