Eugène Christophe, « de la forge de Sainte-Marie-de-Campan au Maillot Jaune »

110 ans après sa création, le Tour de France n’a toujours pas créé son « Hall of Fame », littéralement « Temple de la renommée ». S’il en existait un, Eugène Christophe y aurait très certainement sa place. Non, ce coureur n’est jamais parvenu à remporter la Grande Boucle en onze participations, mais il a marqué l’histoire de la plus grande course cycliste au monde. Dans le musée du Tour, on pourrait y exposer le premier Maillot Jaune qu’il a porté en 1919 ainsi que sa bicyclette cassée en 1913. Ces deux reliques pourraient contribuer à perpétuer le mythe.

Eugène Christophe

En 1919, le créateur du Tour de France, Henri Desgrange, souhaitait mettre en valeur le leader du classement général. On dit même qu’il rêvait de voir un homme en tête de la course avec un maillot d’or. Il lança alors, en pleine compétition, le célèbre et convoité Maillot Jaune. Une tunique qu’Eugène Christophe sera le premier à revêtir à Grenoble, au départ de la onzième étape. Il la cédera trois jours plus tard à Firmin Lambot, pendant que Christophe, lui, perdait deux heures et demie à réparer sa fourche cassée. Le Français était bien parti pour remporter la Grande Boucle mais le Belge Lambot, l’a finalement emporté à Paris. Cruel destin.

Le « Vieux Gaulois » aurait également pu prétendre à gagner l’édition 1913. Mais là encore, sa fourche a également rompu. Après avoir enduré la montée du Tourmalet, Eugène Christophe a chuté dans la descente, endommageant du même coup son matériel. Le coureur se retrouve dans l’obligation de marcher une dizaine de kilomètres, jusqu’à Sainte-Marie-de-Campan, pour pouvoir lui-même réparer son vélo. Oui, le règlement interdisait toute assistance en course. Un peu comme au Vendée Globe. Ces scènes, aujourd’hui, seraient complètement surréalistes. En 2013, dès qu’un coureur crève, un mécano arrive avec une roue déjà prête à être remplacée. Un peu comme si les cyclistes passaient dans un stand de Formule 1 : on s’arrête, le mécanicien enlève la roue défaillante, la remplace par une nouvelle et hop, on est reparti. L’arrêt est chiffré à seulement quelques petites secondes. A l’époque d’Eugène Christophe, lorsque l’on réparait soi-même son matériel, on perdait une, deux voire trois heures au classement général. On pouvait donc très vite mettre une croix sur le général, surtout si on avait pour objectif de le gagner.

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Pour rendre hommage à Eugène Christophe, Raphaëlle Jessic a rédigé, avec la complicité de Jacques Seray, un livre sur le septuple champion de France de cyclo-cross, vainqueur de Milan-San Remo 1910 et de Bordeaux-Paris à deux reprises (1920, 1921).

Nous avons joint par téléphone l’auteur de cet ouvrage. Dans cet entretien, nous avons bien évidemment parlé d’Eugène Christophe,  de sa carrière, du personnage, mais nous avons également abordé un fait d’actualité. Raphaëlle Jessic, gère une maison d’édition (De Plaines en Vallées) basée à Betpouey, dans les Hautes-Pyrénées, touchées par les intempéries il y a moins d’un mois. Les coulées de boues ont tout emmené sur leur passage. Elle a perdu une grande quantité de ses exemplaires (livres sportifs, guides touristiques, histoires pour enfants). Plus de 6000 en tout, neuf ans de travail. Émue, et c’est bien compréhensible, c’est avec une grande gentillesse qu’elle a répondu à nos questions.

Comme elle nous le rappelait très justement, n’oubliez pas les Pyrénées si vous cherchez une destination pour vos prochaines vacances. Les bénévoles s’affairent pour redonner à cette sublime région les paysages qu’elle mérite. Nous avons pu le constater dimanche dernier, lors de la neuvième étape, entre Saint-Girons et Bagnères-de-Bigorre.

Eugène Christophe De Plaines en ValléesPour acheter ce livre, RDV sur le site de la maison d’édition de Raphaëlle Jessic, De Plaines en Vallées. Il coûte 29,90 euros et contient de très belles images d’archives.

About Nicolas Gréno

Créateur & rédac' @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l'UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

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