Nicolas Brusque : « Le derby entre Biarritz et Bayonne sera électrique ! »

La semaine dernière, le Biarritz Olympique omnisports fêtait son centenaire. Un anniversaire gâché par une nouvelle défaite du BOPB face à Sale, dans un véritable huitièmes de finale en Amlin Cup. Les Biarrots se sont inclinés de deux points, après avoir mené pendant soixante-dix-huit minutes… La guigne. Quelques jours auparavant, nous étions allés à la rencontre de Nicolas Brusque, Président des socios mais aussi de la commission des 100 ans. Dans la première partie de notre entretien, nous avions axé nos questions sur cet événement unique dans la vie d’un club. Pour ce deuxième volet, l’ancien International aux vingt-six sélections revient sur le futur Tournoi des Six Nations, sur la saison de ses anciens clubs (Pau et Biarritz) ainsi que sur le prochain derby. Une rencontre qui s’annonce encore plus chaude qu’en avril 2012, lorsque les deux clubs luttaient déjà pour le maintien dans l’élite.

Culture Sport Nicolas Brusque

L’équipe de France

Les Bleus sont en train de franchir un palier

Avec les Bleus, vous avez gagné le Tournoi des Six Nations à trois reprises, avec deux Grands Chelems à la clé. Pour l’ancien « Coq » que vous êtes, pensez-vous que le XV de France va mieux s’en sortir que l’an passé ?
Ils ne peuvent faire que mieux (rires). On sent que l’équipe de France est en train de franchir un palier. Aujourd’hui, avec tout le travail mis en place par le staff et les joueurs, on réalise qu’il y a un suivi avec une vision à long terme. On est en train de poser les jalons pour détenir une grosse équipe en vue de la prochaine Coupe du Monde, avec notamment des jeunes qui sont en devenir. Je pense que, dès cette année, les Bleus vont récolter les fruits du travail accompli ces dernières saisons.

Quelle est votre plus forte émotion avec les Bleus ? La Coupe du Monde 2003, où vous êtes allé en demi-finale et marqué un essai en phase de poules ou les différentes victoires dans le Tournoi et en particulier les deux Grands Chelems ? Ce n’est pas comparable ?
En effet. La Coupe du Monde 2003 a été une belle épopée. J’en garde de très beaux souvenirs, même si l’on perd en demies contre les Anglais, qui deviennent champions du monde derrière. Il y a eu aussi de très très bons moments passés en 2002, lorsque je reviens en équipe de France après quelques années de disette (première sélection en 1997 contre la Roumanie, ndlr). Une longue traversée du désert. En 2002, lors de ma réintégration dans le groupe France, on remporte le Grand Chelem. Nous avions à l’époque un super groupe et une vie géniale. Cette année là, on gagne également le titre de champion de France (pour la première fois depuis 1939, ndlr) avec le Biarritz Olympique, la saison où j’arrive au club. Pour moi, ça restera une année à jamais gravée dans ma mémoire.

Quelle est la plus grosse déception de votre carrière ? La finale de H CUP perdue avec Biarritz en 2006, face au Munster ?
Oui, je pense que c’est le petit manque. C’était une grosse déception. Tout comme la demi-finale du Mondial 2003 avec les Bleus… La finale de Coupe d’Europe perdue contre le Munster m’avait beaucoup marqué. Mais bon, derrière nous avions conquis le titre de champion de France (le troisième en cinq ans, ndlr) et du coup réussi à oublier un peu cet échec en H CUP.

La Section Paloise

Le Béarn mérite d’avoir une équipe en Top 14

Comment jugez-vous la saison de votre ancien club, deuxième à sept points de Lyon à l’issue de la phase aller. Vont-ils enfin (re)monter en Top 14 la saison prochaine ?
C’est très compliqué à dire. Il est vrai que ça fait deux saisons de suite qu’ils se cassent les dents en finale d’accession. Il est vrai aussi que Lyon fait cavalier seul, même s’ils sont en train de battre un peu de l’aile. Mais peut être y a-t-il la possibilité d’aller les chercher pour la première place ? Par contre, après, ça sera compliqué de rivaliser en Top 14. Il va falloir produire un gros effort à propos du recrutement mais aussi de la politique financière du club. Je pense qu’ils en ont les moyens. Ils peuvent se rattacher à un grand groupe comme Total, qui est capable de suivre, mais ça sera quand même difficile. Je suis leurs résultats avec beaucoup d’attention et je n’espère qu’une seule chose, c’est qu’ils remontent. Pour le peuple Palois et Béarnais. Ils méritent d’avoir une équipe dans le haut du tableau du rugby Français.

Le Biarritz Olympique

Serge Blanco laisse beaucoup de plumes dans cette bataille

Comment qualifieriez-vous la saison du BOPB ?
Déjà, ce n’est pas terminé. Nous avons quand même un tout petit peu d’espoir même s’il va falloir ramer pour réussir à se sauver. Maintenant, c’est une désillusion qui est en train de se mettre en place. Si l’on descend en Pro D2, ça va faire mal au cœur à pas mal de monde. Notamment à des personnes qui se donnent comme Serge Blanco. En ce moment, il laisse beaucoup de plumes dans cette bataille pour essayer rivaliser financièrement, économiquement et sportivement dans ce championnat. Même du côté sportif nous ne sommes pas du tout à la hauteur des objectifs que nous nous étions fixés en début de saison… Donc oui, il y a beaucoup de déception et d’amertume, surtout lorsque l’on se donne pour ce club. Quelque part, parfois, on se demande pourquoi on y laisse autant d’énergie, vu ce qu’il s’y passe. Mais c’est la loi du sport… Si l’on doit descendre, on descendra. Nous retravaillerons autant pour essayer de remonter et essayer de redonner de belles couleurs à ce club qui le mérite.

Allez-vous vraiment vous en sortir ? Un exploit peut toujours être réalisé… Mathématiquement, ce n’est pas encore fini.
Oui, il y a encore une possibilité. Nous avons disputé seulement deux matchs lors de la phase retour (*). Lorsque que l’on se retrouve dans une spirale de défaites et de doutes, comme nous sommes en train de l’entretenir, c’est dur de rebondir derrière. Mais ça peut aussi très bien se passer. La confirmation européenne (*) peut être un très bon tremplin à cela. Pour que l’on puisse espérer à un quelconque maintien, il nous faut gagner tous nos matchs à la maison et aller en chercher un ou deux à l’extérieur. On y croit encore. Comme on dit : tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir !

La fusion & le derby Basque

Je pense que l’on sera dans l’obligation de fusionner un jour

Que pensez-vous d’une éventuelle fusion ?
On y viendra sans doute. Comme je le disais un peu plus tôt dans l’interview, le gros gros problème, ce sont les finances. Dans un bassin économique tel que le Pays Basque, il est difficile de penser que l’on puisse posséder deux équipes de haut niveau. Donc oui, je pense que nous serons obligés de fusionner, à long terme. Maintenant, faudra-t-il en venir par une descente des deux clubs pour vraiment ouvrir les yeux ? Peut être. On verra ce que l’avenir nous réserve. Les différents débuts de négociations qu’il y a pu avoir nous laissaient présager que nous étions sur la bonne voie. Je pense que l’on sera dans l’obligation d’en passer par là, même si j’aimerais que les deux clubs gardent leurs structures.

Histoire de voir quelques derbys entre équipes de jeunes ?
De toute manière, une entité « Pays Basque » n’engendrerait en rien la perte des deux clubs puisque cette entité chapeauterait justement les deux sections rugby du Biarritz Olympique omnisports et de l’Aviron Bayonnais omnisports. Chez les jeunes, on aurait donc toujours ces derbys qui existeraient. Mais bon, maintenant il est vrai que c’est peut être difficile à penser. Difficile à mettre dans la tête des gens qui sont ancrés et fervents supporters de leur club. Mais je pense que ça ne serait l’histoire que d’une ou deux années avant de tenir réellement une équipe qui pourrait être à la hauteur du haut niveau Français. Certaines personnes, bien sûr, ne seraient pas contentes et auraient un petit peu de mal à comprendre que l’on puisse créer qu’un seul et unique club. Mais au bout d’un moment, en voyant les résultats et ce que cela pourrait apporter, on se reconnaîtrait facilement devant une entité.

Comment sentez-vous le prochain derby ?
Ah il sera électrique (rires) ! Il sera déterminant. Le BO et l’Aviron vont se rencontrer dans un moment très important, crucial, que ce soit pour l’un, pour l’autre ou bien même pour les deux ! Ce va être un derby effervescent. Ça va être très très très chaud !

(*) Interview réalisée le 30 décembre 2013. Entre temps, le Biarritz Olympique s’est incliné à domicile face au Stade Français (6-18) en Top 14 et face à Sale (7-9) en Amlin Cup.

Crédit photo : site officiel du Biarritz Olympique Pays Basque

About Nicolas Gréno

Créateur & rédac' @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l'UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

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