Philippe Lafon : « Wilkinson, une idole mondiale qui fait absolument l’unanimité »

En début de saison, nous contactions Edmond Lataillade, journaliste France 3 Aquitaine et Midi Olympique, afin de vous présenter l’exercice 2013-2014 du championnat de France. Maintenant que le Top 14 a pris fin, nous avons de nouveau conversé avec un journaliste de France Télévisions. Il s’agit cette fois de Philippe Lafon, homme de terrain lors de la finale Toulon-Castres mais aussi lors des matchs du Tournoi des Six Nations ou de Coupe d’Europe. Intervenant régulier dans Stade 2, il dresse pour Culture Sport le bilan de cette année marquée par le doublé de Toulon en Top 14 et H-Cup. C’est une interview fleuve que nous vous proposons, pour notre plus grand plaisir.

Partie 1 : le championnat de France 2013/2014

Culture Sport Toulon
L’équipe Toulonnaise est-elle la plus forte de tous les temps en championnat, à l’instar de l’actuel PSG en Ligue 1 ?

Vaste question. C’est en tout cas la plus forte de l’année puisqu’elle a remporté un doublé inédit en France. Je crois que seul le Leinster et Leicester avaient réussi à faire le doublé Coupe d’Europe-championnat. C’est une grosse armada, c’est sûr, encore que… Lorsqu’ils ont perdu chez eux, il y a cinq mois face à Grenoble, personne n’attendait le RCT à ce niveau. Ils avaient joué quatre finales (deux en Challenge Européen et deux en Top 14, ndlr) n’en gagnant qu’une seule (la H-Cup l’an passé). Ça commençait à chauffer depuis un petit moment. Mais je ne dirais pas que c’est l’équipe la plus forte de tous les temps. C’est en tout cas celle qui a réussi quelque chose que d’autres n’avaient jamais réalisé auparavant. Toulouse avait réussi un doublé Coupe d’Europe-championnat, mais à l’époque les Anglais n’étaient pas engagés en Coupe d’Europe (1996). De ce point de vue, effectivement, elle marque son époque.

Peut être aussi parce qu’il y a beaucoup de stars comme au PSG qui coûtent très chers. Mais avoir des stars c’est une chose. Arriver à les faire jouer ensemble, surtout au rugby, où c’est un peu plus compliqué qu’au foot, en est une autre… Une équipe de rugby c’est s’engager l’un pour l’autre et physiquement. Que ces grandes stars du rugby mondial (certains joueurs sont champions du monde ou internationaux) arrivent à se mettre à ce niveau de jeu, à jouer ensemble et donc à produire un rugby qui gagne, cela fera date. Maintenant, dire que c’est l’équipe la plus forte de tous les temps, ça serait bien trop s’engager sur des chemins un peu hasardeux.

Cette année la victoire de Toulon est beaucoup plus incontestable. Ils ont maîtrisé leur rugby même s’il n’est pas forcement flamboyant.

Est-ce que Toulon va pouvoir rééditer une troisième saison de suite avec deux finales à la clé (Top 14 & Coupe d’Europe) ?

Ça sera très difficile. La preuve en est, ils avaient fait la même chose l’an passé. Sauf qu’ils avaient gagné une finale et perdue l’autre. Cela en fait véritablement l’épouvantail du prochain championnat et de la prochaine Coupe d’Europe, à savoir que c’est l’équipe qui a éclairé l’Europe du rugby de manière incontestable. L’an dernier, ils remportent la finale en battant Clermont, un peu contre le cours du jeu sur une erreur de l’ASM. Ce n’étaient pas eux que l’on attendait en champions. Par contre, cette année, leur victoire est beaucoup plus incontestable. Ils ont maîtrisé leur rugby même s’il n’est pas forcement flamboyant et pleins d’essais avec des ballons en bouts d’ailes à chaque fois. C’est le rugby qui gagne. Un rugby extrêmement rugueux au sol et défensif pour laisser passer l’orage. Ils pouvaient également compter sur le métronome Jonny Wilkinson qui a atteint la plénitude de son art, encore une fois cette saison. Il part sur une note absolument incroyable. Je crois que ça fera date. Dans les années quatre-vingt-dix on détestait l’ouvreur Anglais Will Carlling et là, vingt ans plus tard, on en est rendu à avoir une idole mondiale qu’est Jonny Wilkinson et qui fait absolument l’unanimité.

Il y a eu Pelé au foot et il y aura pour toujours Wilkinson au rugby.

Culture Sport Jonny Wilkinson

Pour vous, est-ce le plus grand joueur de tous les temps ?

Ce n’est probablement pas celui qui a été le plus flamboyant. Il a été longtemps blessé. Wilkinson a également été le héros de la Coupe du Monde 2003 survolant la compétition avec un pack de fer et une troisième ligne qui a permis aux Anglais d’être la meilleure équipe du monde avec la même année un Grand Chelem et une victoire au Mondial. Une décennie plus tard, Wilko est toujours là. C’est un pari qu’avait pris Mourad Boudjellal. Ce n’était pas un choix de Philippe Saint-André (entraîneur à l’époque, ndlr). C’était bien le président de Toulon qui l’avait fait venir alors que l’on pensait perdu pour le rugby… Pari gagné ! Le type a été dans de bonnes conditions pour réaliser des performances de très haut niveau. Je pense que sur ce qu’il a réalisé et la note sur laquelle il part, c’est quelqu’un qui restera dans les mémoires à la manière d’un Pelé.

Il y a eu Pelé au foot et il y aura pour toujours Wilkinson au rugby. C’est-à-dire un joueur qui est parti en gagnant tout, en ayant une aura internationale et en étant connu par le grand public. C’est ce qui fait la différence après tout. Même Chabal, qui n’était pas forcement le meilleur troisième ligne du monde, même s’il était excellent à ce poste-là, a été connu du monde entier parce qu’il avait l’allure qu’il avait. Cependant, Jonny Wilkinson avait cette même aura mais la gagne en plus ! Il a été champion du monde, d’Angleterre avec Newcastle (en 1998), de France (avec un Bouclier de Brennus à la clé) et est désormais double champion d’Europe. Je pense qu’avant de revoir un type de cette trempe là, on va pouvoir attendre une bonne décennie !

Culture Sport Philippe Lafon Jonny Wilkinson

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous étiez en interview avec la légende Wilkinson lors de son ultime match samedi dernier ? C’est un sacré privilège !

Il faut savoir que pour nous, Jonny Wilkinson est un type absolument discret et déteste la lumière des phares. Donc lorsque nous avons la capacité et la possibilité de pouvoir l’interviewer, c’est déjà un événement. Il a créé tellement de rareté, par discrétion et humilité autour de lui, que réussir à l’avoir après un match est déjà souvent une performance (rires). On galope tous comme des fous pour essayer de l’avoir. Une fois que l’on est avec lui, tout se passe de manière assez étonnante. C’est quelqu’un qui ne laisse pas transparaître beaucoup d’émotions. Il est aussi professionnel dans ses interviews qu’il est dans son métier de rugbyman. C’est un gentleman absolu, un sportman du début du vingtième siècle. C’est le type parfait quoi ! Y’a pas de faute de goût, il est extrêmement intelligent, censé, humble, altruiste et les mots qu’il dit en Français – parce qu’il tient absolument à être interviewé dans notre langue – sont pesés. C’est d’autant plus facile pour nous parce que l’on a en face de soi quelqu’un qui n’a pas un discours tout prêt. Il répond à la question. C’est probablement le plus facile à interviewer.

Après pour nous, professionnellement, il faut que l’on essaie d’en garder sous le pied parce que l’on ne peut pas se laisser emporter par la ferveur du moment. Nous ne sommes qu’un média. Nous sommes transmetteurs. Ce n’est pas nous qui faisons le spectacle. Ce n’est donc pas à nous de chercher à en rajouter. Pour ma part, j’essaie de faire cela le plus sobrement possible, d’avoir la possibilité de retransmettre ce que lui avait à dire.

C’est une année assez particulière pour moi. J’ai eu l’occasion, par deux fois, de faire les adieux de Brian O’Driscoll – et au niveau international (lors du Tournoi des Six Nations, ndlr) et en Coupe d’Europe – encore une autre pointure du rugby mondial, et puis ceux de Jonny Wilkinson. 2013-2014 restera donc pour moi une saison à marquer d’une pierre blanche. Effectivement, quand l’on se retourne et que l’on aperçoit quelques photos de l’instant je me dis : « bon, t’as eu de la chance de faire ça ! ». C’est un privilège. Mais c’est un privilège en faisant notre métier, pas en faisant n’importe quoi pour exister. En espérant que nous ayons réussi à retransmettre l’expression de ces grands champions avec tout le respect qu’on leur doit parce que je pense qu’ils ont beaucoup fait pour que le rugby, qui est un sport admirable, soit connu et apprécié du plus grand nombre. Je reste avec cette image là : celle de deux grands sportifs, et notamment Wilkinson, avec un comportement exemplaire et qui ont donné au micro l’allure de ce que devait être un bon humain, un homme de bien et un grand joueur.

Culture Sport Philippe Lafon Laurent Bellet

Comment expliquer les performances de Castres ? Le champion de France 2013 a eu du mal à se qualifier pour les barrages, pourtant ils ont battu successivement Clermont (un premier exploit), puis Montpellier (le deuxième de la saison régulière) pour se hisser en finale.

Il y a déjà un phénomène assez simple et je le sais pour y être allé plusieurs fois. Je fais d’ailleurs parti des rares qui ont fait le voyage pour réaliser des reportages de temps en temps, et dieu sait si on en a fait peu. La formation Castraise fait partie des équipes qui sont très bien dotés. Il y a le laboratoire Fabre qui est derrière et qui donne les moyens à ce club d’exister avec de très bons joueurs. Ils n’ont peut être pas tous l’estampille internationale mais il y a désormais beaucoup de joueurs du CO qui sont en équipe de France (Rémi Talès, Brice Dulin, Yannick Forestier, Rémi Lamerat, Geoffrey Palis, ndlr). Ce n’est pas pour rien. Ils détiennent également dans leur effectif Rory Kockott. C’est probablement le meilleur demi de mêlée du championnat, même s’il c’est un peu loupé en finale. Si Kockott reste à Castres, ce n’est pas seulement pour son air frais et sa belle campagne (rires)

Castres a subi le fait de ne pas être une équipe suffisamment médiatique. Du coup, ils se sont un peu réfugiés derrière ça. Ils se sont dit : « on ne parle pas assez de nous, il faut montrer qui on est ». Ils ont eu des hauts et des bas dans la saison. Ils se sont effectivement qualifiés derniers (sixième) alors qu’ils auraient pu sauter en ayant une équipe méconnaissable à Bayonne. Mais derrière ça, ils ont des joueurs qui ont une telle valeur : des Dulin, Lamerat, Claassen, Kockott, leurs deuxièmes lignes invraisemblables (comme Richie Gray, ndlr). C’est une très très très belle équipe. Elle est arrivée un peu masquée, cachée. Un comme l’outsider qui n’a peut être pas été pris à sa bonne mesure. Je pense qu’il ont une réussite en particulier. C’est de prendre Clermont – qui a pris un sacré coup sur la tête en se voyant éliminé de la Coupe d’Europe (et méchamment 46-6 contre les Saracens) – qui était complètement diminué. Clermont ne ressemblait plus du tout à l’équipe que l’on connaissait. Les Castrais sont les premiers à battre les Clermontois depuis soixante-dix-sept matchs à Michelin. Ce n’est pas rien.

Castres a fait des matchs exceptionnels comme celui face à Montpellier. La demi-finale va jusqu’en prolongations et au bout du suspense. C’est eux qui se donnent les moyens et qui passent deux fois la ligne pour aller gagner. Personne ne conteste ça. Ils ont également extrêmement bien réussi le changement de leurs deux entraîneurs (Labit et Travers par Darricarrère et Milhas). Ce changement n’a pas fondamentalement changé mais encore fait évoluer leur jeu avec un groupe plus ou moins solidaire, perdant de grands joueurs tout de même. Franchement, ils ont fait un super boulot. Ils ont joué leur jeu. A leur décharge, ils n’ont pas joué la Coupe d’Europe, en tout cas pas à fond. Ils ont été rapidement éliminés dans un groupe très difficile. Les Castrais ont donc pu se consacrer au championnat. Ça a donné une équipe qui avait toutes les chances de jouer sur un seul tableau avec des joueurs de qualité. Ils se sont réveillés au bon moment et en phases finales, Castres a été une équipe absolument redoutable. Cela s’explique par un côté un petit peu revanchard. Celui de ne pas être suffisamment médiatique, d’être un petit coin de campagne perdu dans le Tarn où on a l’impression que les gens ne s’intéressent pas à eux. Les joueurs ont vraiment pris ça à cœur et je persiste à dire que l’effectif de Castres est un des meilleurs effectifs du championnat de France. Il n’a rien à envier à d’autres équipes comme Toulouse ou Clermont. Il n’est peut être pas aussi flamboyant que le groupe Toulonnais. Mais bon le RCT a donné toute la mesure de son niveau international. Ça s’est d’ailleurs joué à ça.

Le travail effectué à Montpellier a l’air d’y être excellent.

Entraîneur de Montpellier, vous travaillez avec Fabien Galthié puisqu’il est aussi consultant pour France Télévisions. Avez-vous abordé en sa compagnie l’échec en demies ? Tout le monde, ou presque, les voyait en finale après leur saison régulière…

Sur une partie, ils font leur match face à Castres, même s’ils souffrent un petit peu plus. Ils rendent coup pour coup et réussissent à aller jusqu’en prolongations. Il y a cette erreur de jugement qui restera longtemps. Les joueurs et le staff pensaient qu’ils n’étaient pas qualifiés s’ils passaient les trois points alors qu’il y avait égalité parfaite et qu’ils pouvaient disputer la séance de tirs au but. Malheureusement c’est typiquement l’erreur de jeunesse, peut être la seule, d’une équipe qui côtoie le meilleur niveau depuis deux-trois saisons. Lorsque l’on a moins l’habitude que d’autres clubs, il n’y aurait normalement pas cette fébrilité ou ces moments de questionnement. Ça n’arriverai par exemple pas à Toulouse, habitué des phases finales.

Ça reste tout de même une très belle saison pour Montpellier, y’a rien à dire. Mais lorsque arrivent les matchs éliminatoires et que ça se passe comme ça, surtout sur un coup du sort assez terrible, sur une décision qui a été prise rapidement et mal, ça peut paraître un petit peu difficile. Reste que Montpellier s’est installé depuis trois saisons parmi les toutes meilleures équipes de Top 14. Le travail effectué a l’air d’y être excellent. Les joueurs s’y sentent bien. Là aussi, il y a une sacrée écurie avec un paquet d’internationaux. C’est peut être un peu trop tôt pour qu’ils aient donné leur pleine mesure. Mais je pense que l’an prochain ça sera une des plus grosses côtes du championnat.

Culture Sport Philippe Lafon SébastienTillous-Bordes

Le niveau du championnat de France se resserre à tous les niveaux. A quoi est-ce dû selon vous ?

Il y a plusieurs réponses. D’une part il y a sept-huit clubs qui se sont mis au niveau des exigences du très haut niveau d’équipes où il y a de plus en plus d’internationaux. Il y a également une meilleure préparation de tous les athlètes qui est prise en compte dans beaucoup de clubs. Jusqu’au huitième ça va se bagarrer pour entrer dans les six. A partir de là, ça donne une guerre un peu plus ouverte et une concurrence plus acharnée. En plus, il faut compter ceux qui font l’Europe, ceux qui ne la font pas, la fatigue, ceux qui ont le privilège d’avoir deux équipes compètes, ceux qui n’en ont pas, etc. Effectivement ça donne un championnat ouvert. Maintenant on reconnaîtra qu’à la fin on retrouve un peu les mêmes. Ça n’a pas fondamentalement changé ce qui c’est passé l’année précédente. Le suspense a duré un peu plus longtemps mais pour pratiquement le même résultat.

En bas du classement, c’est un tout petit peu plus compliqué pour les clubs qui ont moins de budget. Malheureusement, deux équipes, sur la structure et l’allure, n’ont pas su agir. Il s’agit des plus anciens Perpignan et Biarritz. Ce sont pourtant deux grands noms. Ils ont été champions de France, ont tutoyé l’Europe pendant des années… Ils ont pris un petit coup de vieux plus par rapport à la façon de fonctionner qu’à la qualité de leurs effectifs. Il y avait de grands noms pourtant dans les deux clubs. Ils n’ont pas réussi à avoir au bon moment les bonnes réactions, attitudes, méthodes. Ça servira de leçon à tout le monde.

C’est une chose d’être Oyonnax ou Bordeaux, se bagarrer becs et ongles pour se maintenir et avoir ce championnat dans la tête, une autre lorsque qu’on est Biarritz ou Perpignan et que l’on a eu l’habitude de côtoyer les sommets. Se retrouver d’un seul coup à se battre, depuis deux-trois ans, pour continuer de figurer dans le championnat, c’est une adaptation très compliquée. Je pense que du point de vue structurel, de l’organisation, ces deux clubs ont pris un peu de retard. C’est ce qui fait que ce championnat était finalement très ouvert. Il continuera de l’être l’an prochain. Le LOU arrive avec La Rochelle. Lyon est une grosse agglomération où il y a des moyens. On va voir de grands joueurs arriver et vont être à même de faire des résultats. Ça va être encore très très serré. Ce n’est pas spécialement bien pour le spectacle, parce que ça sclérose un peu le jeu. Il y a beaucoup plus de défense que d’attaques. Mais on a vu quelques équipes jouer comme Bordeaux, Montpellier ou Clermont. Par moments, on voit que ça se libère un petit peu même si le championnat reste très tendu.

La Pro D2 est très relevée. Ce n’est donc pas gagné pour le BO et l’USAP. On ne va pas dire qu’ils vont monter immédiatement comme ça.

Nous l’avons déjà abordé, mais encore un petit mot sur les deux relégués historiques que sont Biarritz et Perpignan. Ont-ils une chance de remonter rapidement dans l’élite ?

Oui, je pense que les mesures ont été prises dans les deux clubs. A priori, il faut que financièrement leurs budgets tiennent et cela change beaucoup lorsque que l’on descend. Le budget n’est plus exactement le même qu’avant. Le challenge de devoir ressortir de la Pro D2 est aussi beau. Mais là, attention, ça reste très très compliqué. Ça ne veut pas dire que cela va se faire en une année. Ces équipes connaissent déjà, non seulement, les joueurs qui vont constituer leurs effectifs mais également l’exigence du haut niveau. Ils savent où ils veulent aller et possèdent la structure pour réagir au niveau inférieur. Je suis persuadé qu’elles figureront pas mal. Il y aura en plus un esprit revanchard. Se dire « que l’on a été parmi les deux plus grands clubs de France, qu’est ce que c’est que cette histoire ? Il faut que l’on réagisse ! ». Les joueurs seront investis de cette mission, c’est porteur. Plus besoin de remobiliser les joueurs dans les vestiaires quand c’est comme ça. Lorsque l’on n’est pas à sa place, que l’on devrait être au niveau au dessus… du coup, on devrait jouer. Mais le championnat de Pro D2 est très relevé. Au moins pour la moitié de ce qui le constitue. Ce n’est donc pas gagné. En revanche, ils ont potentiellement, à mon sens, plus d’ingrédients pour réussir.

Matt Giteau est, je pense, le meilleur joueur que l’on ait vu dans le Top 14 cette année.

Quelle a été pour vous la plus grosse surprise de ce championnat ? Bordeaux-Bègles qui a failli jouer la septième place qualificative pour la prochaine Coupe d’Europe ou une autre équipe comme Oyonnax qui a réussi à se sauver ?

Effectivement, Oyonnax a surpris. Vu le cœur qu’ils y ont mis, c’est probablement l’équipe la plus romantique du championnat. Leur terrain est particulier, la météo aussi, on ne va pas gagner chez eux comme cela. Mais attention, ces équipes qui arrivent de Pro D2 (comme Grenoble l’an passé) sont habituées à gagner. Lorsqu’elles arrivent en Top 14, elles ne sont pas dans l’optique du petit poucet qui va se prendre des claques partout. C’est au contraire des joueurs qui sont dans une dynamique. Cela leur donne un supplément d’âme et la manière d’aborder les choses avec un esprit conquérant plutôt qu’un esprit d’outsider. Oyonnax est une belle surprise dans le sens où, vu les grosses cylindrées qu’il y avait, avoir réussi à battre un certain nombre de ténors chez eux est quand même assez impressionnant.

L’UBB a réalisé une très belle saison, comme en 2012-2013. Le club aurait pu rêver à un petit peu mieux. Mais je pense qu’ils y ont finalement cru trop tard. Jeu ouvert, belle qualité de rugby, c’est une équipe intéressante et passionnante.

Sinon au point de vue des surprises, mais ça en est plus une, c’est quelqu’un que l’on voit dans le championnat depuis trois ans. Matt Giteau à Toulon est, je pense, le meilleur joueur que l’on ait vu dans le Top 14 cette année. Sans que personne n’en parle vraiment beaucoup, Giteau est, par sa flamboyance et la capacité qu’il a de retourner un match, probablement le type qui est toujours à quatorze ou quinze sur vingt (quand il ne va pas bien) et qui est capable de monter jusqu’à dix-huit. Lui et Steffon Armitage sont des individualités qui m’ont marqué. Oui elles sont à Toulon, mais ce sont des joueurs qui ont vraiment rejoint le très haut niveau international et qui ont montré des choses que l’on avait plus forcement l’habitude de voir en Top 14.

Partie 2 : la nouvelle Coupe d’Europe et la tournée des Bleus en Australie (à lire dans les prochains jours)

Entretien réalisé le jeudi 5 juin aux alentours de 20 heures
Crédit photos : francetv sport

About Nicolas Gréno

Créateur & rédac’ @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l’UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

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