« Même si je ne voulais pas y croire, j’ai bien senti un gros craquement »

FEMIN’SPORT. La blessure aux ligaments croisés est bien connue des pratiquants de hand. Léa Schérer, joueuse en Nationale 2 à l’Aviron Bayonnais, en sait quelque chose. Le 14 février dernier, son genou a subitement cédé. Commençait alors une longue et lente reconstruction. Passée par le CERS de Capbreton, la demi-centre basque a toujours su rester motivée, gardant dans un coin de sa tête un objectif : aller chercher les barrages d’accession en Nationale 1 avec ses coéquipières.

cultureSPORT Léa Schérer

cultureSPORT : Avec l’adrénaline et du fait que le muscle soit encore chaud, la blessure peut paraître supportable et force parfois le sportif à continuer. As-tu ressenti cette sensation ?

Léa Schérer : Il est clair que tout le monde ne ressent pas la blessure de la même manière. Si certains pensent pouvoir continuer à jouer, cela n’a pas été mon cas. Personnellement, la douleur provoquée par la blessure a été bien trop intense pour penser retourner sur le terrain. Même si je ne voulais pas trop y croire, j’ai bien senti un gros craquement. Je n’avais donc pas trop de doutes sur le fait que cela serait plus grave qu’une « simple » entorse. Ma seule envie sur le moment était de passer une IRM pour avoir le verdict final.

Une fois blessée, les sentiments se mélangent et on ne sait plus très bien à quoi on est confronté.
cultureSPORT : Est-ce que les chirurgiens et les kinés t’ont bien expliqué la blessure dont tu souffrais en te montrant notamment les radios ? Même en sachant ce qu’étaient les croisés, tu as dû avoir un regard différent une fois blessée…

Léa Schérer : Je connaissais la blessure des croisés avant de me les rompre puisque c’est extrêmement fréquent dans le milieu du handball. Rien qu’à Bayonne, plusieurs de mes coéquipières ont vécu la même situation. Mais une fois blessée, les sentiments se mélangent et on ne sait plus très bien à quoi on est confronté. C’est pourquoi mes kinés et mon chirurgien m’ont bien expliqué la nature et la gravité de la blessure, notamment avec l’IRM, et m’ont fortement conseillé l’opération.

Le mental est un élément déterminant. J’ai toujours essayé de positiver, et de me réjouir de chaque petite victoire du quotidien.
cultureSPORT : Mentalement, comment as-tu fait pour rester motivée ? Tu as dit que tu t’étais toujours sentie dans le groupe…

Léa Schérer : Avant tout, je suis restée motivée parce que je prends plaisir sur un terrain et j’adore l’adrénaline que ce sport procure. J’ai donc toujours eu la volonté de revenir encore plus forte. Ensuite, je me suis rendue compte (au CERS surtout), que je n’étais pas un cas isolé et qu’on pouvait très bien revenir à son niveau, avec une bonne rééducation. Le mental est un élément déterminant donc j’ai toujours essayé de positiver, et de me réjouir de chaque petite victoire du quotidien. Enfin, je ne cache pas qu’avec cette blessure, j’ai connu des hauts et des bas. En ce sens, le concept de groupe est important. Les filles de mon équipe m’ont toujours soutenue par leur expérience de la blessure, leur soutien indéfectible, et leur envie de me voir revenir. Les deux entraîneurs, Mickael (Moreno) et Beñat (Legleu), m’ont aussi toujours impliquée dans la vie du groupe et le projet de jeu, j’étais donc toujours dans l’équipe sans jouer. Je crois qu’avec ça, on ne peut être que motivée pour se donner à fond.

cultureSPORT : Quels exercices as-tu pratiqué pendant ta rééducation ? Quelles ont été les durées de ces derniers, pendant la préparation physique ?

Léa Schérer : Il y a d’abord une rééducation pré-opératoire, qui est importante. L’objectif est de remuscler sa cuisse pour ne pas partir de trop loin après l’opération : course à pied dans l’axe, vélo, piscine (crawl). C’est assez frustrant car on a l’impression de pouvoir tout faire sans trop de problèmes.
Ensuite, après l’opération, il y a plusieurs phases. Le premier mois, des exercices en statique sur la table de massage, musculation du haut du corps et manipulation par le kiné. À la fin de ce mois, on doit être capable d’avoir enlevé l’attelle et de marcher seule sans béquille. Jusqu’au troisième mois, on essaie de remuscler la cuisse (presse, vélo, travaux sur le quadriceps, ischio-jambiers, etc). On reprend également la proprioception pour l’équilibre. La reprise de la course se fait au troisième mois dans l’axe et sur du plat. Elle est progressive pour éviter toute inflammation. Les changements de direction se font à partir du cinquième mois. On peut forcer un peu plus pour remuscler (travaux dans les escaliers, accélérations, footings, cardio, etc). Beñat m’a pris en main à cette période, avec des exercices supplémentaires avant les entraînements (en plus de mes séances de kiné).
La reprise des entraînements s’est faite pour moi à cinq mois et demi mais toujours sans contact. On reprend confiance en ses appuis et son genou. La coordination est travaillée car elle a totalement disparu. Enfin au sixième mois j’ai repris des entraînements normaux. Et mon premier match à sept mois et demi. J’ai voulu prendre le temps de bien revenir et ne plus avoir trop d’appréhension.

cultureSPORT : Quelle a été la fréquence de tes séances chez le kiné ?

Léa Schérer : Elles étaient quotidiennes lors du premier mois au CERS, après l’opération. J’y suis ensuite allée cinq fois par semaine jusqu’au troisième mois, puis j’ai eu trois séances hebdomadaires jusqu’au cinquième et enfin deux jusqu’à la reprise des matchs. Maintenant j’en ai une pour vraiment tout récupérer.

Se retrouver avec des sportifs dans la même galère permet de relativiser et de retrouver un esprit de groupe qui nous tire vers le haut.
cultureSPORT : Comme toi, Ronaldo, Fabien Galthié ou Sébastien Loeb sont également passés par le CERS (centre européen de rééducation du sportif) de Capbreton. D’après toi, pourquoi ce centre est-il si recommandé et si plébiscité ?

Léa Schérer : Je pense qu’avant tout c’est dû au fait que l’environnement autour du sportif est exceptionnel. Tout est fait pour lui faciliter la vie et on n’a plus qu’à se concentrer sur la rééducation de notre blessure. Les équipes soignantes sont très présentes et disponibles. Aussi, le fait de se retrouver avec beaucoup de sportifs dans la même galère permet de relativiser et de retrouver un esprit de groupe qui nous tire vers le haut. On ne se sent plus seule face à la blessure et on partage nos expériences et nos ressentis. On garde donc le moral (bien aidés par le cadre de vie aussi, il faut le dire). Enfin, les équipements du CERS sont de dernière génération donc on possède tout ce qu’il faut pour se remettre sur pied le plus vite possible et envisager un retour sur les terrains.

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Propos recueillis par Nicolas Gréno (@nicolasgreno)
Merci à Léa Schérer pour sa collaboration
Crédits photos : page Facebook officielle de l’Aviron Bayonnais handball.

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About Nicolas Gréno

Créateur & rédac' @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l'UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

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