Quel avenir pour le Championnat du monde d’Endurance ?

MOTEURS. Après 18 ans en Endurance, Audi vient d’annoncer son retrait. Un événement qui sonne comme la fin d’une époque pour la discipline. Elle pourrait avoir du mal à s’en remettre.
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Crédit : page Facebook officielle de la FIA WEC

Juin 1999, Audi se présente pour la première fois au départ des 24h du Mans. A l’époque, la firme aux anneaux est claire. Elle suit un programme sur le long terme et vient avant tout pour apprendre. 17 ans, 13 victoires aux 24h du Mans, 106 succès en 185 courses et deux titres de champion du monde plus tard, Audi a annoncé son retrait de l’Endurance à la fin de l’année 2016, pour se consacrer à la Formule E. « Il est évidemment très difficile de quitter la scène » regrette le Docteur Wolfgang Ulrich, patron d’Audi Sport.

En plus d’une machine à gagner, Audi est devenue une pionnière de l’innovation. En 2006, l’Audi R10 TDI devient la première voiture diesel à s’imposer aux 24h du Mans. 6 ans plus tard, la R18 e-tron quattro débute la série victorieuse de l’hybride dans la Sarthe.

Outre les chiffres, Audi a marqué durablement de son empreinte la course d’endurance du début du 21e siècle par son innovation constante, et ses duels avec Peugeot entre 2007 et 2011, puis avec Porsche et Toyota depuis 2012, et le début du championnat du monde d’endurance (WEC). Comme le résume le Dr. Ulrich, « Audi Sport Team Joest a façonné le FIA WEC au cours de cette période, comme aucune autre équipe. »

La fin de la catégorie reine ?

L’arrêt de la marque semble sonner la fin d’une époque. Celle de la toute-puissance des gros prototypes, ou LMP1. En effet, au retrait des Allemands s’ajoute l’arrêt du programme LMP1 de l’équipe privée Rebellion Racing, présente dans la catégorie reine depuis 2009. Les Suisses ont décidé de descendre d’un cran pour évoluer en LMP2. Sauf surprise, le nombre de LMP1 sur la ligne de départ des 24h du Mans 2017 devrait osciller entre 5 et 7 voitures… sur 60 toutes catégories confondues. Le plus faible total depuis les années 1990.

De là à imaginer la fin de la catégorie dans un futur proche ? C’est possible. Si le GT et le LMP2 (les autres catégories du FIA WEC) semblent plus attractifs que jamais, le LMP1 souffre de deux maux principaux. Le premier est l’inflation des coûts. Elle rebute les futures implications des constructeurs. Peugeot par exemple, absente du LMP1 depuis 2011, y voit le principal frein à son retour. « J’ai posé trois conditions, indiquait le patron de PSA Carlos Tavarez à enduranceinfo.com fin septembre. (…) Le troisième facteur : arrêter l’augmentation vertigineuse des budgets des équipes du LMP1.  Aujourd’hui, les équipes de pointes dépensent plus du double de ce que nous dépensions nous il y a seulement cinq ans. » Si Toyota et Porsche semblent pour l’instant accepter la contrainte et continuer, cela pourrait ne pas durer.

Le facteur coût induit le deuxième problème, celui de l’écart de performance entre les voitures hybrides engagées par les constructeurs, et les autos des équipes privées. S’il y a dix ans, Pescarolo pouvait faire jeu égal avec Audi, aujourd’hui une voiture privée n’a aucune chance de rivaliser. De fait, à l’image de Rebellion, les écuries désertent le LMP1 pour le LMP2, presque aussi rapide, et bien moins coûteux. Le LMP2 était d’ailleurs la catégorie la plus représentée en 2016.

« Rester à la pointe de l’innovation »

La Fédération Internationale Automobile (FIA) et l’Automobile Club de l’Ouest (ACO), co-organisateurs du championnat WEC, vont devoir se pencher sur l’avenir du LMP1,  vitrine de l’Endurance. « Réduire les coûts pour les constructeurs est un axe majeur pour l’ACO en partenariat avec la FIA, a réagi le Président de l’ACO Pierre Fillon, après le retrait d’Audi. Par ailleurs, ces deux entités ont clairement donné le cap pour les prochaines années : rester à la pointe de l’innovation tout en proposant la meilleure plateforme possible pour les nouvelles technologies qui préparent la voiture de demain. »

Des réglementations en faveur des écuries privées sont également à l’étude pour 2018. Elles concerneraient l’introduction du DRS, déjà utilisé en Formule 1, et une réduction des performances des voitures des constructeurs, pour permettre aux équipes privées de rivaliser. L’ACO discute également avec la Fédération Américaine (IMSA) de la possibilité d’intégrer les prototypes américains (Dpi) aux 24h du Mans. Gérard Neveu, directeur général du FIA WEC, reste lui très optimiste : « Un constructeur s’en va, d’autres arrivent bientôt, c’est la vie d’un championnat. » Reste à savoir si les constructeurs en question sont en LMP1.

Adrien Toulisse (@adritoul)

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