Haimar Zubeldia, la quarantaine rugissante

CYCLISME. Clasica San Sebastian. L’idole locale s’est arrêtée après un mois de juillet chargé, ponctué d’un 29e grand tour et d’un jubilé à domicile plein d’émotion.
cultureSPORT Haimar Zubeldia Clasica

Crédit : site officiel de la Clasica San Sebastian.

Cette saison 2017 commence à ressembler de plus en plus à une tournée d’adieux. En avril dernier, Tom Boonen raccrochait après Paris-Roubaix, sa course de cœur, remportée à quatre reprises (2005, 2008, 2009, 2012). Il y a un peu plus de deux semaines, c’était au tour de Thomas Voeckler de conclure sa belle carrière sur l’avenue des Champs-Elysées, sur l’épreuve même qui l’avait révélé aux yeux du grand public, treize ans auparavant. De son côté, Haimar Zubeldia a souhaité se retirer chez lui, lors de la Clasica San Sebastian. Le coureur basque a décidé de tirer un trait sur le premier grand chapitre de sa vie. A quarante printemps. « C’est toujours important de savoir mettre un point final à sa carrière et de ne pas faire les années de trop, avouait Eric Boyer. C’est important de choisir et de ne pas attendre que plus personne ne veuille vous offrir un contrat, poursuivait l’ancien manager de Cofidis. Zubeldia a eu raison de dire stop. C’est courageux. J’ai trop souvent vu des coureurs, ne sachant pas s’arrêter, terminer leur carrière sur pas mal de déceptions. C’est difficile à vivre, après, pour la reconversion. »

A un Tour du record

C’est avec un maillot bicolore, rouge et noir, celui de la Trek-Segafredo, que Zubeldia a coupé une dernière fois une ligne d’arrivée. Mais rien à faire. L’orange lui colle à la peau. Son image reste indissociable d’Euskaltel-Euskadi. C’est d’ailleurs lui qui avait offert à l’équipe basque, créée en 1994, son premier succès lors d’une course à étapes. C’était sur la Bicyclette… basque, deux ans après ses débuts dans le monde professionnel (1998). Les supporters l’auraient d’ailleurs bien vu achever sa carrière dans cette formation uniquement composée de coureurs du cru. Mais en 2009, le futur vainqueur du Tour de l’Ain a voulu s’imposer un nouveau défi : celui de gagner la Grande Boucle avec Alberto Contador. Chez Astana. Retenu, comme attendu, dans le neuf de départ articulé autour du leader espagnol, il décroche son premier Tour en tant qu’équipier. Une victoire célébrée aux côtés de… Lance Armstrong, autre membre du groupe kazakh. Un coureur qu’il a côtoyé de près lorsqu’il a terminé cinquième de l’édition 2003, juste devant son équipier Iban Mayo, lauréat à l’Alpe d’Huez. De toutes les éditions depuis 2001 (excepté en 2010), Zubeldia a bien failli ne pas être aligné par son staff cette année. Il a été appelé en urgence suite au contrôle positif d’André Cardoso à l’EPO. Avec seize participations au compteur, le quadragénaire se retrouve désormais à une petite unité des co-recordmen Hincapie, O’Grady, Voigt et Chavanel.

Clasica San Sebastian 2017

Crédit : site officiel du Team Trek-Segafredo.

Le doyen du peloton (52e à Paris) a finalement prolongé son jubilé d’une semaine afin de pouvoir boucler la boucle sur ses terres lors de la Clasica, à Saint-Sébastien. Dès que sa silhouette apparaissait au loin, la foule se massait autour de lui. Autographes, selfies, il a tout fait. Le natif d’Usurbil s’est tellement montré disponible et généreux avec ses aficionados qu’il a retardé le protocole. Sur le podium signatures, où il était attendu, Bauke Mollema lui a symboliquement cédé son dossard numéro un, alloué de facto au tenant du titre. « De le nommer leader pour sa dernière course est un geste de reconnaissance, note Eric Boyer. C’est lui montrer beaucoup de respect. »

« Du temps pour réaliser »

Près de six heures plus tard, en fin d’après-midi, Zubeldia renouait avec le podium. Non pas pour y recueillir un trophée ou un maillot distinctif mais pour y recevoir un prix d’honneur ainsi que la bise affectueuse de sa femme. Pendant ce temps les spectateurs multiplient les ovations. Au pied de la scène, quelques membres de sa famille s’étaient rassemblés et portaient les différentes tuniques qu’il a pu revêtir tout au long de ses vingt ans chez les pros. « C’est beau », lançait Loïc Chetout. En remportant le grand prix de la montagne, le jeune bayonnais, qui remplaçait Dani Navarro, s’est retrouvé sur les photos aux côtés « de la star locale. C’est quand même un coureur de marque ici, au Pays Basque. Et dire que j’avais déjà participé au dernier Paris-Roubaix de Boonen… Cela fait toujours plaisir de pouvoir courir avec de tels gars pour leur ultime course. » Michal Kwiatkowski, vainqueur de l’épreuve à l’issue d’un sprint à cinq, est lui descendu de sa première marche pour y laisser grimper le héros du jour. Un geste classe. « J’ai réalisé un rêve puisque j’ai toujours voulu achever ma carrière chez moi, a-t-il déclaré sur le site de son team. J’ai tenté de profiter de cette journée. Je sais que c’est ma dernière course mais je pense qu’il me faudra un peu de temps pour réaliser. » Des adieux teintés d’émotion.

Fiche d’identité

Âge : 40 ans (né le 1er avril 1977 à Usurbil)
Poids, taille : 68 kg, 1m79
Profil : grimpeur
Equipes successives : Euskaltel-Euskadi (1998-2008), Astana (2009), RadioShack (2010-2013), Trek-Segafredo (2014-2017)
Palmarès : Bicyclette basque 2000 (+1 étape), Tour de l’Ain 2010 (+1 étape), 2e du Critérium du Dauphiné 2000, 4e du Tour de France 2007, cinq top 10 sur le Tour (2003, 2006, 2007, 2012, 2014), un top 10 sur la Vuelta (2000)

Nicolas Gréno (@nicolasgreno), à San Sebastian (Guipuzcoa) le 29 juillet 2017

About Nicolas Gréno

Créateur & rédac’ @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l’UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

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