Les feuilles mortes

Alors que le parcours du centième Tour de France vient d’être dévoilé, le cyclisme connaît des heures sombres, aussi noires que celles provoquées par l’affaire Festina.

Armstrong, l’enquête de Padoue, le prochain procès de l’affaire Puerto. Tout est choquant, ignoble. L’affaire Festina n’a donc eu aucun effet. La suspicion n’était certes jamais partie. Elle ne peut désormais que grandir. Comment croire en la sincérité de ces « fauxrçats de la route » ? Les évènements récents ne font qu’installer un peu plus le doute dans la tête des suiveurs. Pas de bol pour eux, ils avaient déjà du mal à suivre le rythme. Dorénavant, toutes les performances seront amenées à être dépréciées. Comme c’est déjà le cas, le public s’entichera davantage des malheureux perdants que des beaux vainqueurs, le gagnant ayant toujours ce « truc » en plus.

C’est cette conception du cyclisme qu’est entrain de faire éclore les Armstrong, Ferrari, Pat McQuaid & co après les germes Festina. Bien sûr, Anquetil ne marchait pas au champagne, et personne d’autres depuis lors. Mais Armstrong est l’avénement du dopage scientifique, celui qui anesthésie la course et sa science à base d’EPO et de transfusions sanguines. Armstrong était seul. Justement trop seul. Il lui aurait fallu un Poulidor, un Ocana, un Fignon pour le rendre on ne peut plus aimé. Quelqu’un pour l’attaquer, le rendre vulnérable. Non, il venait, il gagnait. Aujourd’hui, il a perdu. Peut être trop tard pour le cyclisme.

S’il était seul pour pédaler, cela s’arrêtait dès qu’il posait pied à terre. Le docteur Ferrari ne se trouvait jamais très loin. Comme pour les autres « grands » du peloton. Les Vinokourov, Scarponi, Kolobnev, Menchov doivent bien connaître l’adresse du doc. Le doute planait déjà sur leurs têtes. Ce n’est donc pas étonnant de voir ces noms associés à cet homme de l’ombre. Ce qui devient gênant, c’est de voir apparaître des personnes comme Evans ou Gilbert, des coureurs qui peuvent apparaître comme de véritables champions, pour leur combativité, leur panache, leur classe. Dès lors, qui croire ? Comment ne pas perdre l’innocence de notre enfance ?

Pourtant, le cyclisme est et doit rester un sport noble. Il ne peut en être autrement. Le cyclisme offre un spectacle que peu de disciplines ont les capacité d’offrir. Un spectacle presque métaphysique de l’infiniment petit à l’épreuve de l’infiniment grand. Le vélo, c’est avant tout le dépassement inouï de l’homme dans des paysages magnifiques, des monts flandriens aux lacs de Lombardie en passant par les montagnes françaises. C’est aussi les valeurs de courage, de persévérance, de respect.

Le cyclisme ne mérite pas ces tricheurs. Mais plus que les tricheurs, il ne mérite pas ces institutions qui perpétuent ce système malsain. L’UCI, en ayant couvert le recordman de Tour de France remporté, n’a plus aucune légitimité. Et ce n’est pas en condamnant sept ans après Armstrong que Pat McQuaid va faire patte blanche. Via Facebook, Greg Lemond (pas tout blanc lui non plus) a demandé au président de l’UCI de quitter ses fonctions « démissionne si tu aimes le cyclisme. Démissionne même si tu détestes ce sport ». La moindre des choses serait en effet de démissionner. Partir pour laisser la possibilité au cyclisme de repartir de zéro. A l’UCI et au système de faire peau neuve, comme le réclame l’Equipe dans un manifeste en compagnie de quatre autres quotidiens européens.

D’autant plus qu’on est en droit de croire en la nouvelle génération, même si cette dernière aura aussi ses brebis galeuses. La démesure de la rentabilité, de la performance fera encore détourner certains du droit chemin. Pour réduire ce risque, il faudrait déjà mettre à la retraite certains patrons d’équipe qui en ont bien profité : de Patrick Lefévère à Bjarne Riis, « monsieur 60 % », actuel gourou du grand Alberto Contador, passé auparavant entre les mains des références Manolo Saiz et Johan Bruyneel. Les amoureux du cyclisme pourront alors peut être se remettre à croire aux exploits de leurs champions. En attendant, c’est sans doute à côté de chez nous que l’on trouve les véritables « forçats de la route » chers à Albert Londres.

En ces temps d’automne, les révélations tombent comme des feuilles mortes arrachées par le vent. Ce même vent qui pousse ou, au contraire, martyrise les coureurs. Espérons que ce vent saura être salvateur pour le sport noble qu’est le cyclisme.

Crédit photos : Fabrice Coffrini/AFP

There is one comment

  1. Centre de fitness Toulouse

    Déjà que beaucoup de personnes pensait à dopage quand on parlait de cyclisme, là ce sont les passionnés qui risquent de pas en revenir…
    Espérons que les Tour de France, Giro etc… continueront d’intéresser les foules malgré la très mauvaise image donnée ces derniers temps…

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