Le paradoxe italien

Le Tour de France est d’une ampleur telle qu’elle représente, aux yeux du grand public, la vitrine du sport cycliste. Au premier étalage, l’Italien Vincenzo Nibali dont les reflets jaunes illuminent les juilletistes. Son attitude offensive est fructueuse et plaît au public. Le successeur de Pantani est – enfin et probablement – trouvé.  Pourtant, la petite reine transalpine n’était guère à la fête en début d’année. Analyse d’un paradoxe.

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L’Italie à deux vitesses

Après deux semaines de course, Vincenzo Nibali a déjà levé les bras à trois reprises. Paré du tricot jaune depuis le premier dimanche, le Requin de Messine l’a forgé par l’attaque. Il était déjà en tête du classement général au matin pluvieux du mercredi 9 juillet, au départ d’une étape mythique sur des pavés d’un autre temps. L’abandon de Chris Froome a, inévitablement, facilité la vie de Nibali. Le sort similaire réservé dans la descente du Petit Ballon à Alberto Contador a laissé le champ libre à l’Astana pour s’exprimer pleinement. Sans les précédents vainqueurs, personne ne peut contrarier son plan. On regrettera, pour le suspense, ces absences. Mais cette chronique d’un sacre annoncé traduit une évolution probante du Sicilien. Lequel semble au-dessus du lot. Seul un malheureux abandon peut l’empêcher de pendre dans sa garde-robe un tricot jaune, entre un rose et un rouge. Car l’ogre de Messine suit une courbe régulière. Découvert à Plouay à seulement 26 ans, il brille, désormais, sur les tours et les ardennaises. Toutefois, les courses d’un jour lui font toujours défaut. L’image du Squale, débordé par le surprenant Iglinskiy dans la côte d’Ans en 2012 ne reflète pas uniquement le manque de concrétisation du coureur sur les classiques, mais de tout un pays. Il faut remonter au Lombardie 2008 et la victoire de Cunego pour voir le drapeau italien affiché au palmarès des vainqueurs de monuments. Un bail. Plus affolant encore : cette année, le premier rital au vélodrome de Roubaix n’est autre que Pozzato en… cinquantième position ! Le cyclisme italien actuel est à deux vitesses.

Aru et Nibali en sauveurs

La sonnette d’alarme aurait pu résonner sur le tour national. Seuls deux compatriotes ont animé le top 10. Mais l’effervescence autour de Fabio Aru, perle de Sardaigne qui monte sur le podium à 23 ans, a masqué la maigreur des résultats. L’Italie, terre de cyclisme, continue à rêver avec Nibali en ce mois de juillet. Le protégé d’Astana donne le sourire à tout un peuple floué par les sombres années de dopage. Le Sicilien est bien seul sur ce Tour. Sans lui, les Transalpins devraient se contenter des prestations de Visconti, quarante-troisième au classement général. L’Italie paie les pots cassés de la génération précédente qui a dégoûté la jeunesse. Aru et Nibali sont les exceptions qui confirment la règle, les souvenirs du Pantani inondant encore les mémoires de ces bambins devenus maître des cimes. « Si je lui succède sur la Grande Boucle, ce sera un très grand honneur. » reconnait le Squale. « Sa mère m’a remis l’un des maillots jaunes de Marco. Je lui ai promis que je lui donnerai l’un des miens, si tout se passe bien. » Le charisme du Pirate, bien que sulfureux, n’avait pas d’égal et fascinait les novices de la petite reine. Il faudra patienter avant que l’Italie se découvre un véritable chasseur de classiques. Les passionnés des Bettini et consorts commencent à peine à tourner les jambes. Le cyclisme italien vit dans le sursis. Ce Tour de France est une bouffée d’oxygène dans une conjoncture  difficile. Si l’Italie fêtera sa victoire sur le Tour de France cet été, la Botte risque d’attendre un petit temps avant de vivre pareil émotion sur une classique. À moins qu’un certain Vincenzo…

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Crédit photo: AFP

About Julien Detroz

Conseiller de rédaction Culture Sport
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Admirateur de Rodrigo Beenkens. Affamé de sport et fervent suiveur du cyclisme. Journaliste qui n’hésite pas à mouiller le maillot, sur un vélo. Croque la vie à pleine dent.

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