Henri Rébujent : « Les Invictus Games, c’était magnifique et extraordinaire »

INVICTUS. Henri Rébujent a participé aux premiers Invictus Games. Organisé à Londres du 10 au 14 septembre dernier, ce nouvel événement sportif, lancé par le Prince Harry en personne, rassemblait plus de 400 soldats et vétérans de guerre blessés et handicapés, issus de treize pays différents. Durant la compétition, le membre d’Urt Vélo 64 a décroché une belle médaille de bronze lors de l’épreuve en ligne (MC4) et s’est classé quatrième du chrono.

Culture Sport : Henri, pour débuter, pouvez-vous nous expliquer ce que sont les Invictus Games ?

Culture Sport Henri Rébujent Invictus GamesHenri Rébujent : En 2012, j’avais déjà participé à une compétition internationale. C’était aux Etats-Unis, à San Francisco. Ce rassemblement de blessés militaires était organisé par les Marines (l’équivalent de l’Armée de Terre chez nous). Cela faisait déjà un petit moment que ça avait été mis en place. Les Américains nous avaient invités à aller chez eux. Vu l’ampleur de ce rassemblement, les Invictus ont été créés. Mais cette fois, ce sont les Britanniques qui ont lancé cette démarche. Cette manifestation était ouverte à toutes les armées, essentiellement à la défense. Je tiens à préciser que dans certains pays, au sein de la défense, on ne retrouve pas seulement que l’armée. Il y a aussi des militaires, des gendarmes, des policiers, des pompiers, etc. Les Britanniques ont donc créé cette compétition pour attirer un peu plus de monde dans le milieu handisport. Ce qui n’était pas vraiment le cas aux Etats-Unis. À l’époque, c’était « seulement » une découverte d’activités (avec un peu de paracyclisme et d’autres épreuves Paralympiques).

C’était une très grosse compétition. Les Invictus ont profité des installations créées pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2012. Il y avait également de nombreux participants. La délégation Britannique comptait à peu près 180 membres et les Américains 150. Certes l’organisation de cet événement a coûté cher, mais c’était ouvert à tout public. C’était très impressionnant, il y avait beaucoup de monde lors de chaque épreuve. C’était magnifique et extraordinaire car cette compétition nous a rapprochés un peu plus vers le haut niveau.

On a senti qu’il y avait un élan de vouloir attirer des blessés dans le milieu handisport, facile pour nous parce qu’en tant que militaire on est quand même plus sur l’activité sportive. C’est la base de notre entraînement. Donc de pouvoir se relancer physiquement, d’avoir d’autres objectifs et sur le plan de carrière se relancer. Le but était là.

La natation n’avait rien à envier aux Jeux Paralympiques. Les meilleurs étaient seulement à deux ou trois secondes des records.

Culture Sport : Comment fonctionnait le système d’inscriptions ?

Henri Rébujent : Lorsque les participants s’inscrivaient à une compétition, ils y arrivaient vraiment entraînés. Chaque personne s’alignait dans le sport qui l’intéressait. C’était très ciblé. Moi, par exemple, je ne faisais que le paracyclisme, tandis que d’autres étaient inscrits uniquement en athlétisme ou en natation.

Culture Sport Invictus Games cyclisme

Culture Sport : Qu’en était-il du niveau ?

Henri Rébujent : On était sur un format international même si sur certaines épreuves, le niveau n’était pas là. La natation, par exemple, n’avait rien à envier aux Jeux Paralympiques puisque les meilleurs étaient seulement à deux ou trois secondes des records. Quand on voit des gars, avec une jambe ou un bras en moins, qui arrivent à se rapprocher des records des athlètes valides, on se dit qu’il y a du niveau ! En vélo, il y avait du beau niveau aussi, mais moi qui connais le niveau international par rapport aux courses que j’ai déjà courues, on sentait qu’il y a encore un échelon à monter. On tend vraiment à se rapprocher du haut niveau et à ouvrir ces activités à d’autres militaires.

Se voir remettre une médaille par le Prince Harry, c’est sûr que ça fait quelque chose.

Culture Sport : Sur un plan un peu plus personnel, que retenez-vous de votre participation aux Invictus Games ?

Henri Rébujent : Ça a été une grosse satisfaction parce que l’on a glané quelques médailles. Grâce à cette compétition, on se sent reconnu mais on sent aussi que derrière ça pousse. Ils ont fait l’effort et ça, c’est vraiment très intéressant.

Culture Sport : Avez-vous reçu une médaille du Prince Harry en personne ?

Henri Rébujent : Oui ! J’ai eu la chance de faire troisième en paracyclisme lors de la course en ligne. Le Prince Harry était présent lors de la cérémonie et m’a remis ma breloque sur le podium. C’est sûr que ça fait quelque chose. Personnellement, c’est une satisfaction. Mais tous mes camarades, qui étaient avec moi, ont eux aussi eu des médailles qui leur ont été décernées par d’autres personnes haut placées.

Culture Sport : Vous avez été surpris qu’il ait lancé cette initiative ?

Henri Rébujent : Le Prince Harry est lui aussi militaire. Il a été quelques fois en Afghanistan (couvert ou pas, peu importe), mais il a vu des blessés et a été touché. Il sait combien ça coûte pour revenir dans nos fonctions. Lancer ces Invictus lui tenait à cœur et ça l’a ému. Nous avons pu le voir. Militaire avant tout, le Prince Harry a créé cette compétition comme si c’était son devoir. Il l’a fait pour ses blessés Britanniques mais aussi pour les autres.

Culture Sport Invictus Games athlétisme

Culture Sport : Est-ce que vous trouvez qu’en France on est un peu en retard concernant le handisport ? Les pays Anglo-Saxons ont l’air beaucoup plus en avance que nous sur ce point-là…

Henri Rébujent : En effet. Mais de notre côté, ça commence également à monter. On le sent sur les activités. Ce qu’il faut retenir, c’est que malheureusement, quand on est en bonne santé on n’y pense pas vraiment. Mais ça peut arriver à n’importe qui d’entre nous et n’importe quand (accident, maladie, etc). Quand on tombe dedans, avoir fait du sport auparavant aide fortement. Aujourd’hui, on essaye de faire évoluer la partie handisport (compétition ou loisir) notamment grâce à des associations comme Urt Vélo 64. On peut ainsi réaliser une pratique loisir, en famille ou en compétition et à très haut niveau de surcroît. On rebondit, on n’est pas mis à l’écart, on te considère, on est à nouveau sociabilisé.

Culture Sport : Avez-vous des idées ou des souhaits pour essayer d’accentuer la médiatisation du handisport en France ?

Henri Rébujent : Ça, c’est assez compliqué ! À mon niveau, on ne peut pas faire grand-chose si ce n’est de participer, avec une association, au développement du handisport. On peut essayer de faire comme Christophe Dizy (le président d’Urt Vélo 64) aussi. C’est-à-dire aller chercher des jeunes et de leur dire : « voilà, il y a vraiment une possibilité ». Mais il faut que ça suive ensuite. Même s’il y a de gros financements, il faut que les parents y croient. Il faut y croire et y aller en se disant que si ce n’est pas dans ce sport, ça peut le faire dans un autre. On peut toujours rebondir à condition d’avoir de la volonté.

Culture Sport : Quel est votre prochain objectif ?

Henri Rébujent : L’an prochain, en octobre 2015, il y a des championnats du monde militaires en Corée du Sud. Ils vont essayer d’y intégrer des équipes paralympiques et laisser la chance à des blessés avec un handicap d’y participer. Mais on ne connait pas encore vraiment le format. Une team France militaire va également être créée avec des athlètes en athlétisme, natation, aviron ou vélo, pour créer quelque chose afin d’être prêts à temps pour ces Mondiaux.

Neuf disciplines au programme

Athlétisme, aviron, basket fauteuil, cyclisme, force athlétique, natation, rugby fauteuil, tir à l’arc et volley assis.

13 pays participants

Afghanistan, Allemagne, Australie, Canada, Danemark, Estonie, États-Unis, France, Italie, Géorgie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas et Grande-Bretagne.

Le top 5 au tableau des médailles

1. Grande Bretagne avec 111 médailles (54 en or, 28 en argent, 29 en bronze), 2. Etats-Unis avec 81 médailles (25 en or, 29 en argent, 27 en bronze), 3. France avec 17 médailles (7 en or, 6 en argent, 4 en bronze), 4. Australie, 5. Danemark.

A lire aussi sur Culture Sport

> Les anciens épisodes de Culture handiSPORT : Christophe Dizy (paracyclisme), Mickaël Dhinnin (paracyclisme)

Propos recueillis par Nicolas Gréno. Crédit photo : site officiel d’Urt Vélo 64 et des Invictus Games.

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About Nicolas Gréno

Créateur & rédac' @cultureSPORT depuis mai 2009. Correspondant sportif Sud Ouest. Passé par le DU Journalisme à l'UPPA. Contact : n.greno@culturesport.net

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