Un Dakar à dix francs

LES LEÇONS DE PROF JULIEN. Rédacteur de cultureSPORT depuis 2012, Julien Detroz est devenu entre-temps professeur en Belgique. Passionné par les faits sportifs historiques, il nous livre chaque mois sa petite madeleine de Proust. Aujourd’hui, notre rédacteur Julien Detroz vous fait découvrir une anecdote savoureuse, datant de 1989. Elle fait notamment écho à la situation connue par l’écurie Peugeot en ce début de Dakar.

cultureSPORT Ari Vatanen

Loin de ses origines bordées par le Lac Rose et arrosées par les vents du Sahel, à l’autre bout de l’Atlantique se prolonge une aventure, une épopée faites d’exploit et de malheurs. Le Dakar s’est exporté sur le continent opposé tout en se professionnalisant, brisant avec les traditions d’antan. Le nouvel ogre des sables, le prototype Peugeot piloté par Sébastien Loeb, Stéphane Peterhansel et Carlos Sainz ressemble plus à une Formule 1 plutôt qu’à ses prédécesseurs. En 1989, ce sont Jacky Ickx et Ari Vatanen qui maniaient le volant floqué du lion. Et comme cette année, la marque de Montbélliard survolait l’épreuve comme les dunes du Mali. C’est justement dans cette région que l’une des pages les plus marquantes du sport automobiles s’est écrite.

Une bataille haletante

À la plume, Jean Todt, alors patron de Peugeot-Talbot Sports. Le futur directeur de la Scuderia Ferrari est un fin stratège. On se souvient qu’il avait ordonné à Rubens Barrichello de laisser passer son équipier Michael Schumacher à Zeltweg, pour conforter l’avance du Baron Rouge au classement général. Une décision fortement critiquée qui rappelle l’épisode de Gao. Dans la capitale mondiale du vol, Ickx mène la course, de justesse face à son équipier Vatanen. Son avance aurait pu être plus imposante encore si le Belge n’avait pas aidé le Finlandais dans le sable piège du Ténéré. Un geste sportif qui ne va pas contenir la fouge du Finlandais face à son équipier. Ils se livrent une bataille haletante, quitte à prendre des risques. Trop de risques, selon Todt.

« J’estime avoir remporté le Paris-Gao »

Lorsqu’il constate que la voiture de Vatanen accuse déjà les séquelles irrémédiables du Sahara, Todt souhaite mettre fin à ce combat de coqs. Une pièce de 10 francs est lancée avant de retomber sur le flanc qu’avait désigné le Finlandais. Celui-ci est alors crédité du rôle protégé. Ickx doit se contraindre à ralentir la cadence infernale et de laisser filer Vatanen en vainqueur vers la capitale sénégalaise. « Nos deux champions avaient repoussé trop loin leurs limites, et les risques devenaient trop importants. Dans une telle situation, le spectacle ne prévaut pas sur le résultat », argumentera Todt. La fédération internationale s’offusquera de ce manque de sportivité envers le directeur sportif de Peugeot, futur président de… la FIA. « De toute façon, c’est moche que cela se termine comme ça », déplore Jacky Ickx avant de relativiser. « Si la pièce était tombée de l’autre côté, je ne serais pas vainqueur par moi-même. Maintenant, j’estime avoir remporté le Paris-Gao. Ce n’est déjà pas si mal. »

Julien Detroz (@juliendetroz)
Crédit photo : DR.

About Julien Detroz

Conseiller de rédaction Culture Sport Journaliste Culture Sport cyclisme Journaliste en cyclisme Sudpresse Journaliste sportif La Meuse Namur Journaliste sportif MAtélé Facebook: Julien Detroz Twitter: @juliendetroz Admirateur de Rodrigo Beenkens. Affamé de sport et fervent suiveur du cyclisme. Journaliste qui n'hésite pas à mouiller le maillot, sur un vélo. Croque la vie à pleine dent. « Fais de ta vie un rêve et d'un rêve, une réalité. »

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